Quand j'ai écrit ce roman historique, j'ai d'abord relu des archives personnelles venant de ma famille alsacienne. J'ai cherché également des éléments culturels des années où l'on suit l'évolution de Jeanne et c'est tout naturellement que je suis retournée au film M le Maudit de Fritz Lang, un film de référence sorti en 1931, que j'avais déjà vu. Pour moi, il permet d'évoquer l'ambiance complexe de l'époque avec ses peurs latentes.
L'instinct maternel torturé par la possible disparition tragique de son enfant
Cependant, ce thème, s'il est crucial, n'est pas le sujet principal du film. La mère reste un personnage secondaire. Le film finit certes par un plan sur la mère que l'on a vue au début du film, mais elle dit que la découverte de l'assassin ne lui rendra pas non plus sa fille et que l'on doit simplement mieux faire attention à ses enfants.
L'arrivée d'un régime extrémiste
Folie et solitude du meurtrier
L'art comme conscience politique dans les années trente
Le parcours d'une femme ordinaire
Une chroniqueuse et collègue autrice a relevé l'aspect réducteur de cette hypothèse ce dont je l'en remercie. Et je la cite d'ailleurs :
Pour ma part, j'ai tendance à penser que certains patrons et détenteurs de capitaux ont, dans les années vingt et trente, préféré choisir Hitler et son nouveau parti plutôt que Staline, qui a commis lui aussi son lot d'atrocités. La peur de l'abolition de la propriété privée et de la collectivisation, mises en oeuvre par Staline, les a incités à fermer les yeux sur une autre réalité tout aussi effrayante : la montée de la haine raciale, les lois antisémites, les pogroms comme durant la nuit de cristal, les camps de concentration pour intellectuels et dissidents, l'euthanasie pour les handicapés mentaux qui furent les premiers à tester l'efficacité des chambres à gaz etc.
Extrait de Tous les matins, elle boitait
En 1932, Jeanne, mariée depuis sept ans, nourrit secrètement une passion pour le cinéma qui l'accompagne dans ses difficultés et lui ouvrent les yeux. Fidèle à son mari, elle s'autorise cependant des libertés qui la distingue des femmes de son époque.
Un peu moins d’un an plus tard, M le maudit intervint dans ma vie d’une façon détournée. Perturbée par une stérilité qui s’affirmait, je voulus comprendre, ressentir le souci que les mères avaient de leur enfant tandis qu’un prédateur rôdait. La compassion éprouvée suscita une sorte d’instinct maternel chez moi. Je laissai alors entendre dans les milieux bienséants gouvernés par Granny que je pourrais m’occuper d’enfants. Je n’avais toujours pas réussi à décrocher un emploi fixe, peut-être parce que j’espérais encore que le cinéma m’appelât ou parce qu’en quittant la dactylographie, j’avais finalement ressenti un soulagement. Cet élan me rendit persuasive et une jeune femme accepta de me prendre à l’essai. Théodore fut furieux de l’apprendre. « Cette toquade n’est pas digne de nous », disait-il. Je tins bon et bien m’en prit, car au bout de quelques mois, la jeune mère persuada son mari de me prendre comme secrétaire dans un journal. Même si ce métier me ramenait à la dactylographie, il me permettait aussi de mettre en valeur ma propension à organiser. Et je découvris rapidement que cette gazette osait publier des poèmes jugés polémiques, notamment des mises en garde contre le nazisme. Cette prise de position m’enchanta.




