dédicace ou salon : comment choisir ? Est-il nécessaire pour un auteur de participer à des manifestations littéraires ?
Pour un écrivain, sortir de sa bulle de création est une étape cruciale. Deux
possibilités s'offrent à lui : les salons du livre (dénommés parfois
festivals) ou les séances de dédicaces. Après avoir parcouru de nombreux
kilomètres pour présenter mes livres et rencontré des publics variés, j'ai
compris que le livre est accueilli de bien des façons. Tout dépend de ce qui
est recherché : l'effervescence collective ou l'intimité du comptoir.
Le salon littéraire : une aventure solidaire
Le
salon, c’est le grand bain. C’est un lieu où l’on ne vend pas seulement un livre,
mais où l’on partage des univers particuliers, ceux dans lesquels nous
plongeons nos lecteurs.
Des rencontres puissantes
Le livre emporte avec lui des thématiques qui provoquent les échanges.
Des coïncidences se créent immanquablement entre les lecteurs et les auteurs,
autour de thèmes forts pour chacun.
Une solidarité entre auteurs au-delà du stand
Le salon est aussi le terrain de l'entraide. J'ai eu l'honneur de défendre
le livre d'un écrivain malade qui ne pouvait pas se déplacer. À l'inverse,
mon amie Céline Bernard a déjà tenu mon stand pour me soutenir.
Également, qu’il s’agisse de stands communs (comme à La Rochelle où je me suis
trouvée avec une bonne dizaine d'auteurs sur le même stand) ou de
retrouvailles (comme dans la Loire, où je retrouve régulièrement des auteurs
que je connais, comme José Casatejada, par exemple) le salon casse la solitude
de l'écrivain.
Faire vivre la culture locale
Dans certaines communes de petites tailles, la culture est portée par
quelques personnes dynamiques. À Néronde, dans la Loire, la bibliothèque
lance de belles initiatives pour porter l'écriture au cœur du village. À
Brindas, dans le Rhône, c'est une organisatrice en situation de handicap,
passionnée d'écriture, qui a insufflé une énergie incroyable.
Dans ces lieux, quand on vient faire connaître son livre, on ne se contente
pas de signer des ouvrages : on porte une responsabilité dans le succès
culturel d'une commune (ou d'une communauté).
La dédicace en librairie : proximité et légitimité
Si le salon est une fête, la dédicace est un rendez-vous. En accueillant le
livre dans un endroit qui leur est consacré dans la durée, elle lui offre
une légitimité particulière, une forme d'adoubement, dans le fond.
S'ancrer dans son territoire
Quand on organise une dédicace, on choisit un lieu.
Pour moi, passer par le Cultura de Limonest ou la Fnac de Roanne (en
partenariat avec Catherine
Berthelier), proches de mes lieux d'habitation, permet de toucher un public de
proximité. À Lyon, j'ai également organisé des dédicaces dans l'espace
public, avec d'autres auteurs, comme
Meg
et Laetitia Dupont notamment.
La cohérence de l'univers du papier
Il y a une magie particulière à signer dans des librairies-papeteries, comme
la librairie Jardin de Papier ou celle du Lycée de Feurs. Dans cette
dernière, j'ai succédé à des auteurs locaux rencontrés en salon (comme Yves
Montmartin,
Jean
Ducreux, Dominique
Dejob), créant un maillage de plumes locales. Dans ces endroits, l'objet livre
mêlé aux fournitures de l'écolier est dans son environnement ; à l'heure du
numérique, nombre de lecteurs redisent le plaisir de tourner les pages d'un
livre broché.
Finalement, salon ou dédicace ?
Dans les deux cas, le fait de participer à un évènement littéraire
permet de mettre en avant la valeur de son écriture.
Peaufiner son discours : chaque rencontre est un exercice de style pour
apprendre à parler de son œuvre de façon synthétique, tout en donnant envie au
lecteur de découvrir son livre.
Gérer la concurrence : à Villefranche ou à La Rochelle, la multitude
d'auteurs, ainsi que la présence d'auteurs de renom, force l'humilité et
demande de puiser dans l'assurance de sa propre légitimité.
La quête de soi : que ce soit face à une foule mouvante ou un lecteur
unique, l'exercice fait ressortir notre propre trajectoire d'écriture.
Conclusion : l'écriture comme une activité qui définit durablement
Qu'il s'agisse d'un salon ou d'une librairie, l'acte de dédicacer est le
prolongement du texte et permet à l'auteur d'être « reconnu » par ses pairs
et par des lecteurs amateurs de salons et dédicaces. Cependant, on peut
interroger la nécessité de participer à des évènements pour devenir un
auteur dit « professionnel ».
La place croissante des manifestations et rencontres dans les modèles
économiques de la filière influence l’organisation du travail des auteurs,
voire leur production, c’est-à-dire les œuvres elles-mêmes. Le regard que
les auteurs portent sur leur propre développement professionnel sous le
prisme de l’événementialisation est révélateur de la façon dont ils
envisagent les différentes facettes de leur activité – de manière
généralement beaucoup moins binaire qu’une distinction nette entre
intérêts créatif et économique – et rend compte de la complexité de leur
professionnalisation [ ].
La communication, si elle paraît nécessaire pour exister parmi les auteurs,
reste un accessoire d'une pratique qui se définit de bien d'autres
manières...