Interview Lionel Souliman - Le Progrès - Loire - 7 mars 2026


Texte intégral des réponses à l'interview


L'écrivain est celui qui a fait de l'écriture son chemin. Et comme c'est une forme de sacerdoce, dans le sens où l'on s'engage tout entier… il est difficile d'en sortir.

L'écrivain se voit à travers ces mots, son style, ses envolées. L’aboutissement de son écrit est sa destination, mais une fois le livre terminé, l’écrivain laisse sa place à l'auteur pour la diffusion et se remet en route, vers une nouvelle histoire. Alors, l'auteur se pense à travers ses livres, il a dompté son histoire et peut apporter le livre à son public.


Les critiques négatives de mes livres, je ne les gère pas, je les vis. Parfois pas si mal. Quoi qu'il en soit, aucune ne m'a arrêtée.
Il y a deux sortes de critiques négatives :
. celles qui sont chargées de rancœur, contre lesquelles on ne pourra pas faire grand-chose et sur lesquelles on pourra rarement s'appuyer,
. celles qui veulent faire de la littérature un monde magique où chaque livre vous transporte. Celles-là vous emmènent un peu plus loin, voire vous instruisent.
Quelle qu'elle soit, je la prends au sérieux et tâche de corriger ce qui peut être amendé. Par exemple, toute coquille signalée sera corrigée.

J'ai débuté avec un classeur aux feuilles petit format colorées, où les membres de ma famille étaient les premiers personnages que j'ai cherchés à décrypter. Ensuite, j'ai griffonné un peu partout sur des carnets, des feuilles libres. Des désespoirs ou des espoirs, puis des situations inspirantes.

J'ignore quand m'est venue l'idée de m'atteler à un roman. Mais après avoir écrit le premier, cette activité s'est glissée comme une évidence dans mon emploi du temps.


Pour construire mes personnages, j'ai une liste de questions (évolutive) qui explorent les différentes facettes de mes personnages. Par ailleurs, je cherche toujours une photo sur Internet à partir du nom, de l'âge et d'une particularité du personnage. Ce cliché donne un visage, une silhouette susceptibles de m'inspirer.

Une chose étrange m'est arrivée à plusieurs reprises : les prénoms qui m'apparaissent se révèlent parfois être liés à des personnes devenues proches. J'ai pu changer ce prénom en cours d'écriture, car je ne veux pas mêler mes proches à mon activité d'écriture.

Pour ce qui est de l'intrigue, j'ai une frise chronologique dans laquelle j'inscris mes événements et des vignettes de résumé de chaque chapitre. De la sorte, je traque les incohérences (par exemple : de mauvaises concordances de temps).


Mon travail d'écriture est peu influencé par mes navigations sur la toile. Les avis de lecteurs peuvent en revanche me faire évoluer dans mon travail. Par ailleurs, récemment, la mise en place d'une stratégie éditoriale, qui consiste à communiquer sur mes univers d'écrivaine, m'a aussi permis de belles prises de recul.


Ma dernière expérience de publication a été un peu chaotique. D'abord, je me suis rendu compte qu'il restait des coquilles dans mon texte pourtant bien revu (trop ?). Je les ai corrigées postérieurement au lancement. Ensuite, j'ai eu une mésaventure en plaçant mon roman dans le genre post-apocalyptique. À la hauteur est « cosy » post-apocalyptique et il s'est retrouvé classé dystopique : en réalité, il s'agit avant tout de reconstruire. Finalement, ce roman effectue actuellement une sorte de nouveau départ. Maintenant, j'ai les idées plus claires du point de vue du genre. Notamment, la catégorie écofiction m'ouvre des voies, je suis en train d'organiser une rencontre dans la bibliothèque de mon quartier sur le sujet.

Aujourd'hui, si je devais conseiller un jeune auteur, je lui dirai : Reste modeste et travaille. Et avant tout, prends conscience du plaisir que tu as à écrire.


De mon côté, je suis l'autrice d'une novella et de cinq romans, dont quatre publiés. Par ailleurs, je suis en train d'écrire deux nouveaux romans.

Chacun de mes romans a sa particularité et je les défends tous, mais pour des raisons différentes. Ciao Bella est celui qui m'émeut le plus. En toile de fond, je parle d’un sujet qui me touche personnellement. Cela dit, j’ai réussi à éviter d'en faire un livre-thérapie, et c’est tant mieux !

Quant à mon prochain livre, c'est un roman court, choral, qui gravite autour d'une place lyonnaise. Trois personnages principaux : un jeune Afghan qui n'a d'autre solution que de se réfugier en France, un vieux Catalan qui perd la mémoire et une fillette issue de la bourgeoisie qui prend ses libertés – et passe à l’adolescence. Rien n'était censé les rapprocher, mais un évènement va avoir des répercussions dans les vies de ces personnages et provoquer des rencontres chaotiques.

Pour ce qui est de mon dernier livre écrit, À la hauteur, qui devait originellement Être à la hauteur, est inspiré de ma fascination pour les paysages en montagne. Non pas vers les autres montagnes, mais vers les vallées, avec l'impression de « dominer » le monde dans une dimension apurée. Cette idée m’a incité à imaginer la reconstruction de notre société.


Je n'ai pas réellement choisi de devenir écrivain. C'est venu naturellement, comme une chose nécessaire à réaliser, ou plutôt comme une voie, un moyen qui me permet d'avancer dans ma vie.

J'ai mis dix ans pour écrire mon premier livre. Maintenant, je mets entre deux et trois ans. (J'écris tous les jours, mais j'ai une activité professionnelle prenante.)

Parfois, j'ai des contacts avec mes lecteurs. En général, ils relèvent une plume qui s'adapte bien au contexte, tout en restant personnelle. La douceur est souvent évoquée, même s'il arrive que certains se trouvent brusqués par des thèmes qu'ils jugent déstabilisants.


J'écris avec un nom de plume. Lorsque je me suis lancée dans la publication de livres, j'étais en recherche de travail et je parlais peu de mes écritures. Une deuxième raison est le fait que j'écrivais sur des fondamentalistes et souhaitait protéger les miens, après qu'un écrivain en Alsace avait été agressé.
Mais aujourd'hui, je me trouve dans la situation inverse. Je propose à de potentielles maisons d'édition intéressées par mes écrits de publier sous mon nom civil.

En ce qui concerne le monde de l'édition, j'aimerais que les librairies puissent librement proposer des livres sans la pression commerciale des maisons d'édition.

De mon côté, j'aime les livres brochés, numérique, vie même aussi. Cependant, j'ai moins l'occasion d'écouter des livres audio



Je n'ai pas reçu beaucoup de conseils, ou alors une multitude qui se contredisent parfois. L'écriture est un éternel mouvement d'adaptation à l'air ambiant, aux personnages qui se dessinent ou aux nécessités des règles de la langue française, que l'on redécouvre inlassablement (et avec un certain plaisir).


J'apprécierais que mes lecteurs sachent que je ne cherche pas à les perdre quelque part pour les abandonner après un retournement spectaculaire. Que je suis à l'affût d'éléments susceptibles de les émerveiller, éléments que je cherche plutôt dans la vie concrète. Je suis en quête de vérités simples.


Dans les années à venir, je me vois :
Soit dans une maison d'édition, car je propose toujours en manuscrit d'abord chez les éditeurs. Soit dans la communauté des auteurs indépendants autoédités.

Quoi qu'il en soit, je me vois toujours armée régulièrement d'un clavier ou d'un carnet (ou de mon téléphone en mode enregistreur) pour avancer dans mes histoires.


J'ai déjà pensé plusieurs fois établir un partenariat avec un autre auteur pour échanger des avis et des relectures. Je l'ai déjà pratiqué plus ou moins, même si je n'ai pas encore trouvé le binôme avec qui je pourrais avancer main dans la main, tout au long de nos écritures respectives.






Les tickets d'or, Anne Barbier

 L'atelier d'écriture, une activité pour les initiés ?

Ce n'est pas la conception de Garance qui s'en remet au hasard pour rassembler ses participants. Également, elle compte sur Denis, le libraire-disquaire, implanté depuis des années dans un quartier lyonnais qu'elle habite. Elle le connaît de longue date pour son activité atypique. 
Ainsi, Naïg, Angel, Dalia, Ettore et Alfred viennent d'horizons différents : l'Italie, la Bretagne, la région lyonnaise… et vivent seuls ou en couple, chez un proche ou un ami. Et forcément, ils évoquent des situations plutôt intimes, vécues quotidiennement avec leurs proches (ou au travail) ou tirées d'un passé fondateur. Ce que réussit Anne dans son roman, c'est de susciter des rencontres, des entraides, des réactions plus ou moins fortes, mais toujours empathiques, entre les membres de cette fine équipe, qui s'étend à d'autres, et inclut son hôte ! Ces personnes, qui étaient des étrangers les uns pour les autres, agissent finalement ensemble, éprouvent des émotions, des sentiments. L'écrit devient un média, quelle qu'en soit la forme.
Aussi, l'écriture n'est pas qu'un concept : si elle se développe à partir d'un auteur, elle s'ancre également dans une géographie particulière. Et ici, même si les personnages essaiment dans de nombreuses directions, la librairie et son quartier deviennent bien le cœur d'une aventure commune.

Pour moi, écrivaine, la force de l'écrit est une évidence. Parfois, je sens un texte vibrer du message qu'il veut passer, du morceau d'humanité qu'il veut apporter. Et je comprends bien à quel point il peut agir dans nos existences. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'aime à explorer les diverses facettes des métiers du livre.

Dans les Tickets d'or, le pari de l'autrice est que ce sont des personnes pour la plupart peu tournées vers l'écriture qui se laissent traverser par ce que les textes leur disent des autres et permettent que cette activité tisse des liens véritables entre ceux qui la pratiquent.
Et force est de constater qu'ils sont plusieurs à avoir pioché leur ticket gagnant dans cette histoire !


De la lectrice à l'autrice, et qui sait, libraire ?

autrice engagée

Quel genre d'autrice suis-je ?

Mon univers


Dans la vie civile, je suis mariée, mère de quatre enfants et je travaille dans le domaine de la finance.


Mes écritures sont témoignages (la difficulté des réfugiés, le microcosme de l'entreprise internationale et ses absurdités), également explorations historiques (l'entre-deux-guerres vue par une femme qui se découvre des racines alsaciennes), voire techniques (le drone, comme outil aux ressources simultanément insoupçonnées et dangereuses).


Le livre sous toutes ses facettes : de la relecture au podcast


Tout en prenant la plume, j'ai par ailleurs  soutenu des auteurs en effectuant des relectures et j'ai poursuivi mon parcours de lectrice, ce qui m'a conduit d'une part, à être chroniqueuse, d'autre part, à m'intéresser à la diversité des parcours éditoriaux, en créant le podcast J'irai lire chez vous.




Une voix engagée dans l'écriture littéraire à travers des activités transverses

L'engagement des jeunes en politique - Dernière ambition

débuts en politique

La beauté de l'engagement politique

Responsabilité politique

 Lors de mes recherches pour l'écriture de Dernière ambition, j'ai au la chance de croiser le chemin d'un d'un jeune politique lyonnais, Marc Augoyard. Ce qui m'a frappée, c'est la sincérité de sa démarche, ainsi que le travail de titan que constituait son activité politique. 

Dans un univers souvent perçu comme cynique, voir ce jeune homme s'engager sur le terrain avec une telle authenticité a été un moteur pour mon récit. Marc incarne pour moi cette politique du cœur, celle qui croit encore fermement au bien commun et au service de la cité. Depuis, j'ai appris qu'après vingt ans de politique, il a cessé tout engagement politique en novembre 2024. « Le temps des grands élus est passé, ce serait bien qu’il y ait de grandes idées », dit-il au journaliste du Progrès qui l'interroge en novembre 2024.

Nécessité de voter

Cette immersion dans les coulisses du pouvoir local, m'a convaincu que j'avais un rôle à jouer en tant que citoyenne : en parallèle, je prenais conscience de mon devoir de voter. 

Ci-dessous, un extrait de mon roman illustrant cette nécessité portée par Nathanaël, un étudiant d'école de commerce qui avait à cœur d'amener ses pairs à prendre part à la démocratie. À travers lui, j'ai voulu explorer comment la sincérité d'un seul peut lutter contre l'indifférence de tout un groupe.

 extrait :


Dimitri faisait amende honorable :

— Désolé, je ne m'y connais pas en politique. Je n'ai même pas pris le temps de m'occuper de ma carte électorale.

— Comment ça ? sursauta Nathanaël, en songeant que Valérie ne pouvait pas rester avec un type si peu engagé. Il ajouta :

— Bon, je t'offre un café.

Le ton était tranchant : il ne lui laissait pas la possibilité de se dérober. Il se mit à lui décrire la nécessité de la politique : elle était au centre de la vie, au cœur des préoccupations de tout un chacun. Il lui raconta les réunions du Parti socialiste, puis le Café Politique de la Croix-Rousse où il avait assisté pour la première fois à une intervention de Riviere.

Et il conclut impitoyablement :

— Les gens comme toi qui ne prennent pas leur responsabilité politique, ce sont eux qui gangrènent le système en fait.

Son ami eut un sourire ironique, Nathanaël refusa de rentrer dans son jeu.

— Non, mais je suis sérieux là, dépêche-toi de réclamer ta carte électorale.

S’il avait suivi l’argumentaire type donné par Hervé, il aurait évoqué le fait que « voter, c'est un droit acquis durement ». Il était censé donner un historique de ce combat, en particulier s’il avait affaire à une femme. Nathanaël n’aimait pas l’Histoire, il aimait l’avenir et avait décidé de procéder à sa façon.

Dimitri le regarda fixement. Il consulta sa montre, hésita, puis conclut :

— Ok, touché. Il va falloir que j'y aille, mais je m’en occuperai, promis.



Nathanaël laissa son ami partir avec satisfaction : Dimitri voterait. Il se rendit à la JE avec le pas… d’un conquérant.

À la hauteur - extrait

Sylvain prend progressivement conscience de la catastrophe qu'il vit : une montée des eaux de cinq cents mètres, à travers les réactions de désespoir des autres survivants.


Extrait

Tandis que je reprends mon souffle après une interminable montée, j’entends une plainte. Étrange, on dirait une sirène. Enrouée, certes. Je me dirige vers cet appel.

Au bout d'un sentier, les arbres s’écartent et j’aperçois une silhouette longiligne, debout sur un rocher plat surplombant ce qui autrefois, hier, était une plaine surmontée parfois d’un léger nuage de pollution. Une femme, les cheveux détachés sur une robe lui couvrant les pieds, tire des phrasés maladroits d’un instrument qui prolonge sa frêle épaule.

— C’est un violon… constaté-je stupidement.

Elle sursaute en me voyant, mais elle ne s’interrompt pas. Au contraire, le fait que je sois témoin de ses crachotements semble lui donner du courage. Elle tire l’archet avec force. Les doigts de sa main gauche recourbés sur le manche se mettent à vibrer sur les cordes en remontant vers le cœur. Puis un mouvement lent atteint l’océan, les notes en prennent la pulsation. Elle ne s'arrête plus. Le cri s’amplifie, tandis qu’elle le maîtrise dans un balancement. Son poignet est souple et accompagne ses gestes. Je sens des frissons parcourir le haut de mon corps. Si la mélodie n'avait pas été si déchirante, ce courant pétillant aurait été un pur plaisir. Soudain, elle écrase l’archet avec fureur et je distingue un crin sectionné quand elle écarte l'archet. Elle poursuit avec une douceur feinte, le visage douloureux. Moi, je me retiens à un arbre, hypnotisé. Sa musique m’emmène loin, au-delà de l’immensité aqueuse. 

Je ne sais pas comment elle parvient jusqu’à la fin de son trait musical, tellement elle semble y engage toutes ses forces. Quand le flot s’éteint, quelques oiseaux tentent de faire diversion. Craignant qu’elle s’effondre maintenant qu’elle a délivré son message, je m’avance vers elle pour lui enlever le violon des mains. Elle se laisse faire. Je pose l’instrument et la prends dans mes bras et nous mélangeons nos sueurs âpres.

Puis elle s’écarte.

— Ils sont tellement loin, tellement.

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