Lieux idéaux pour écrire son livre

Comment trouver le lieu idéal pour écrire son livre ?

Écrire partout : transformer les trajets et autres interludes en temps de création

Certains écrivains ont la chance de disposer de lieux dédiés à leurs écritures. Par exemple, Dylan Thomas disposait d'un « tiny » hangar à bateaux avec vue sur une plage immense en contrebas.

Personnellement, l'inspiration me vient principalement lors de mes trajets, tôt le matin, dans le long bus articulé : j'ai une activité salariée dans des bureaux. J'aime le calme de la rame qui me conduit au travail avec des personnes de tous bords. Parfois, j'écris dans des bars au contact des habitués ou de ceux qui passent ; dans les parcs, j'écris en posant les yeux sur la nature environnante et sur les promeneurs qui composent tant de situations.

Être outillé


mon bureau d'écrivaine
Souvent, j'utilise le clavier de mon téléphone qui me permet de tracer des mots en glissant mon doigt d'une lettre à l'autre. Je me suis remise également à l'écriture manuscrite sur des carnets à pages blanches sans lignes, notamment pour les réécritures de mes chapitres, passages obligés de mes relectures. Pour ce travail, je m'installe généralement sur la même table où je prends mes repas.

Le bureau (de mon domicile) est le lieu où s'élabore le texte final de mes romans, qui figurent sur mon ordinateur, et depuis qu'il est portable, je poursuis ma tâche ailleurs ; j'ai ainsi pris goût aux longs trajets en train.

Profiter des vacances


Quand on écrit, on creuse d'abord un fossé pour évacuer les pensées parasites et les tenir à bonne distance. Pas étonnant que les lieux de vacances puissent être soit des lieux propices à l'écriture, soit des lieux où l'auteur emmène ses personnages lors de diverses péripéties de ses romans.

J'ai fréquemment écrit en montagne et c'est lors d'une randonnée qui rassemblait nombre de mes proches que le sous-titre de mon livre Ciao Bella : La vie l'emportera m'est apparu évident. Pourtant, j'étais frigorifiée au fin fond d'une vallée haute. Cela dit, possiblement que cette situation extrême a joué un rôle dans le processus !
Abou Simbel

Dans ce même roman, Benjamin embarque la jeune Stella, clouée dans un lit, dans ses souvenirs d'Égypte, qui aboutissent aux mystères mythologiques de ce pays envoûtant, et ce grâce à mes notes prises dans ce pays magique.




Transformer les lieux du quotidien en intrigue

Certains écrivains savent broder autour d'une particularité forte de leur environnement : ainsi le célèbre roman Les Hauts de Hurlevent tire notamment sa force du déchaînement des éléments sur la lande anglaise où a habité Emily Brontë.

Également, je m'inspire de mes lieux de vie. Au sein des quartiers que je connais sous toutes les coutures, soudain, une statue, une horloge, une porte, un boulevard m'apparaît comme lieu d'intérêt. Aussi, des endroits aux noms étranges ou décalés pour moi deviennent le siège d'intrigues : par exemple, le Château, qui abrite, à vrai dire, des HLM sur le pan d'une colline que je connais bien. Enfin, des monuments qui m'impressionnent nourrissent mon récit après des recherches documentaires. Ainsi, un château d'eau a-t-il occupé quelques pages de mon roman  À la hauteur.

La documentation géographique : s'immerger dans des pays lointains


Une société internationale de Résurgence d'un cœur oublié me conduit aux USA à un moment où j'ai des collègues là-bas et je choisis Las Vegas, lieu d'un salon récurrent où se rend mon mari. Par opposition, le plateau de Millevaches m'est venu en tête par hasard, par opposition au monde capitaliste certainement.

Afghanistan
Les lieux de mes romans sont également choisis en association aux thèmes qui se déroulent et ce choix me conduit à me documenter, de multiples manières (blogs, articles, photos...) ce qui m'immerge dans des endroits qui me deviennent de plus en plus familiers. Les drones de Ciao bella m'ont amenée en Afghanistan et cette aventure littéraire m'a ouverte par la suite à des paysages lunaires... d'une grande beauté, si l'on cherche regarde autre chose que les reportages sur la guerre. Aujourd'hui, si c'était possible, ce serait un lieu de destination privilégié pour moi, maintenant que j'ai admiré tant de belles photos de ce pays. D'ailleurs, un roman en cours a embarqué un jeune originaire de ce pays-là.




Et l'inspiration dans tout ça, d'où vient-elle ?


On ne se lasse pas de s'étonner de la destination de l'écrivain emporté par ses personnages, son intrigue. Nombre d'entre eux vous diront qu'ils ne maitrisent pas tout. De mon côté, j'en serai même à penser que l'inspiration serait une sorte de « clin Dieu », mais ça, c'est une autre histoire. ;-)




Le cœur seul, Vestiges de l'amour et ferments de la liberté dans l'œuvre de Claire de Duras

 C'est une expérience nouvelle pour moi de découvrir la force d'un écrit par l'analyse que l'on peut en faire. Et ici cette étude sur Claire de Duras détaille ses axes de travail, de multiples exemples et références. Nous côtoyons Stendhal ou Charles de Foucauld, par exemple. 


Nous découvrons combien il était difficile pour une femme postrévolutionnaire d'être écrivaine, fût-elle lettrée, et d'un certain rang encore honoré par la restauration éphémère du pouvoir nobiliaire. D'autant plus que l'autrice s'engage sur des chemins tout à fait modernes pour son époque. Cependant, contrairement à ce qu'elle aurait pu espérer, elle constate que la révolution n'a pas permis aux diverses strates de s'effacer et emprisonne toujours ceux qui sont différents dans des carcans. Il s'agit ici d'une noire, d'un roturier et d'un homme impuissant à honorer son mariage. Chacun de ces personnages vit un amour authentique qu'il ne peut réaliser et l'autrice montre comment, pour ces êtres extra-ordinaires, la solitude est la seule façon de conserver un tant soit peu sa dignité.

J'ai aimé découvrir à travers cette analyse la force de ses amours empêchées et l'ultime porte de sortie, même si elle est éminemment tragique.




Personnellement, je ne suis pas allée aussi loin que cette autrice précurseure. 

Dans mes livres, l'amour est une clé pour avancer, une force, et se construit dans la durée, même si ce pilier n'est pas le thème central. Pas d'amours tragiques non plus. La plus belle romance est possiblement celle qui se construit autour de Stella, une jeune handicapée, entre l'ingénieur intrépide et torturé, et la belle moldave à la main de fer, dans Ciao bella. J'aime également les histoires d'amour de mes autres romans, qui se construisent dans la différence.

Cela dit, cet ouvrage m'a marquée et il me plairait d'explorer la voie de l'amour sans issue autre que l'exil (réel ou métaphorique), d'autant plus que pour mon prochain roman : Les bancs de la place publique, je mets un pied dans l'univers de la tragédie.

Interview Lionel Souliman - Le Progrès, édition Loire - 7 mars 2026


Texte intégral des réponses à l'interview


L'écrivain est celui qui a fait de l'écriture son chemin. Et comme c'est une forme de sacerdoce, dans le sens où l'on s'engage tout entier… il m'est difficile d'en sortir.

L'écrivain se voit à travers ces mots, son style, ses envolées. L’aboutissement de son écrit est sa destination, mais une fois le livre terminé, l’écrivain laisse sa place à l'auteur pour la diffusion et se remet en route, vers une nouvelle histoire. Alors, l'auteur se pense à travers ses livres : il a dompté son histoire et peut apporter le livre à son public.


Les critiques négatives de mes livres, je ne les gère pas, je les vis. Parfois pas si mal. Quoi qu'il en soit, aucune ne m'a arrêtée.
Il y a deux sortes de critiques négatives :
. celles qui sont chargées de rancœur, contre lesquelles on ne pourra pas faire grand-chose et sur lesquelles on pourra rarement s'appuyer,
. celles qui veulent faire de la littérature un monde magique où chaque livre vous transporte. Celles-là vous emmènent un peu plus loin, voire vous instruisent.
Quelle qu'elle soit, je la prends au sérieux et tâche de corriger ce qui peut être amendé. Par exemple, toute coquille signalée sera corrigée.

J'ai débuté avec un classeur aux feuilles petit format colorées, où les membres de ma famille étaient les premiers personnages que j'ai cherchés à décrypter. Ensuite, j'ai griffonné un peu partout sur des carnets, des feuilles libres. Des désespoirs ou des espoirs, puis des situations inspirantes. J'ignore quand m'est venue l'idée de m'atteler à un roman. Mais après avoir écrit le premier, cette activité s'est glissée comme une évidence dans mon emploi du temps.


Pour construire mes personnages, j'ai une liste de questions (évolutive) qui explorent les différentes facettes de mes personnages. Par ailleurs, je cherche toujours une photo sur Internet à partir du nom, de l'âge et d'une particularité du personnage. Ce cliché donne un visage, une silhouette susceptibles de m'inspirer.
Une chose étrange m'est arrivée à plusieurs reprises : les prénoms qui m'apparaissent se révèlent parfois être liés à des personnes devenues proches. J'ai pu changer ce prénom en cours d'écriture, car je ne veux pas mêler mes proches à mon activité d'écriture.
Pour ce qui est de l'intrigue, j'ai une frise chronologique dans laquelle j'inscris mes événements et des vignettes de résumé de chaque chapitre. De la sorte, je traque les incohérences (par exemple : de mauvaises concordances de temps).


Mon travail d'écriture est peu influencé par mes navigations sur la toile. Les avis de lecteurs peuvent en revanche me faire évoluer dans mon travail. Par ailleurs, récemment, la mise en place d'une stratégie éditoriale, qui consiste à communiquer sur mes univers d'écrivaine, m'a aussi permis de belles prises de recul.


Ma dernière expérience de publication a été un peu chaotique. D'abord, je me suis rendu compte qu'il restait des coquilles dans mon texte pourtant bien revu (trop ?). Je les ai corrigées postérieurement au lancement. Ensuite, j'ai eu une mésaventure en plaçant mon roman dans le genre post-apocalyptique. À la hauteur est « cosy » post-apocalyptique et il s'est retrouvé classé dystopique : en réalité, il s'agit avant tout de reconstruire. Finalement, ce roman effectue actuellement une sorte de nouveau départ. Maintenant, j'ai les idées plus claires du point de vue du genre. Notamment, la catégorie écofiction m'ouvre des voies : j'ai organisé une rencontre dans la bibliothèque de mon quartier sur le sujet.

Aujourd'hui, si je devais conseiller un jeune auteur, je lui dirai : Reste modeste et travaille. Et avant tout, prends conscience du plaisir que tu as à écrire.


De mon côté, je suis l'autrice d'une novella et de cinq romans, dont quatre publiés. Par ailleurs, je suis en train d'écrire deux nouveaux romans.

Chacun de mes romans a sa particularité et je les défends tous, mais pour des raisons différentes. Ciao Bella est celui qui m'émeut le plus. En toile de fond, je parle d’un sujet qui me touche personnellement. Cela dit, j’ai réussi à éviter d'en faire un livre-thérapie, et c’est tant mieux !

Quant à mon prochain livre, c'est un roman court, choral, qui gravite autour d'une place lyonnaise. Trois personnages principaux : un jeune Afghan qui n'a d'autre solution que de se réfugier en France, un vieux Catalan qui perd la mémoire et une fillette issue de la bourgeoisie qui prend ses libertés – et passe à l’adolescence. Rien n'était censé les rapprocher, mais un évènement va avoir des répercussions dans les vies de ces personnages et provoquer des rencontres chaotiques.

Pour ce qui est de mon dernier livre écrit, À la hauteur, qui devait originellement s'intituler Être à la hauteur, est inspiré de ma fascination pour les paysages en montagne. Non pas vers les autres montagnes, mais vers les vallées, avec l'impression de « dominer » le monde dans une dimension apurée. Cette idée m’a incité à imaginer la reconstruction de notre société.


Je n'ai pas réellement choisi de devenir écrivain. C'est venu naturellement, comme une chose nécessaire à réaliser, ou plutôt comme une voie, un moyen qui me permet d'avancer dans ma vie.

J'ai mis dix ans pour écrire mon premier livre. Maintenant, je mets entre deux et trois ans. (J'écris tous les jours, mais j'ai une activité professionnelle prenante.)

Parfois, j'ai des contacts avec mes lecteurs. En général, ils relèvent une plume qui s'adapte bien au contexte, tout en restant personnelle. La douceur est souvent évoquée, même s'il arrive que certains se trouvent brusqués par des thèmes qu'ils jugent déstabilisants.


J'écris avec un nom de plume. Lorsque je me suis lancée dans la publication de livres, j'étais en recherche de travail et je parlais peu de mes écritures. Une deuxième raison est le fait que j'écrivais sur des fondamentalistes et souhaitais protéger les miens, après qu'un écrivain en Alsace avait été agressé.
Mais aujourd'hui, je me trouve dans la situation inverse. Je propose à de potentielles maisons d'édition intéressées par mes écrits de publier sous mon nom civil.

En ce qui concerne le monde de l'édition, j'aimerais que les librairies puissent librement proposer des livres sans la pression commerciale des maisons d'édition.

De mon côté, j'apprécie les livres brochés, numériques, audios même aussi. Cependant, j'ai moins l'occasion d'écouter des livres audio.



Je n'ai pas reçu beaucoup de conseils, ou alors une multitude qui se contredisent parfois. L'écriture est un éternel mouvement d'adaptation à l'air ambiant, aux personnages qui se dessinent ou aux nécessités des règles de la langue française, que l'on redécouvre inlassablement (et avec un certain plaisir).


J'aimerais que mes lecteurs sachent que je ne cherche pas à les perdre quelque part pour les abandonner après un retournement spectaculaire. Que je suis à l'affût d'éléments susceptibles de les émerveiller, éléments que je cherche plutôt dans la vie concrète. Je suis en quête de vérités simples.


Dans les années à venir, je me vois :
soit dans une maison d'édition, car je propose toujours en manuscrit d'abord chez les éditeurs,
soit dans la communauté des auteurs indépendants autoédités.

Quoi qu'il en soit, je me vois toujours armée régulièrement d'un clavier ou d'un carnet (ou de mon téléphone en mode enregistreur) pour avancer dans mes histoires.


J'ai déjà pensé plusieurs fois établir un partenariat avec un autre auteur pour échanger des avis et des relectures. Je l'ai déjà pratiqué plus ou moins, même si je n'ai pas encore trouvé le binôme avec qui je pourrais avancer main dans la main, tout au long de nos écritures respectives...






Les tickets d'or, Anne Barbier

 L'atelier d'écriture, une activité pour les initiés ?

Ce n'est pas la conception de Garance qui s'en remet au hasard pour rassembler ses participants. Également, elle compte sur Denis, le libraire-disquaire, implanté depuis des années dans un quartier lyonnais qu'elle habite. Elle le connaît de longue date pour son activité atypique. 
Ainsi, Naïg, Angel, Dalia, Ettore et Alfred viennent d'horizons différents : l'Italie, la Bretagne, la région lyonnaise… et vivent seuls ou en couple, chez un proche ou un ami. Et forcément, ils évoquent des situations plutôt intimes, vécues quotidiennement avec leurs proches (ou au travail) ou tirées d'un passé fondateur. Ce que réussit Anne dans son roman, c'est de susciter des rencontres, des entraides, des réactions plus ou moins fortes, mais toujours empathiques, entre les membres de cette fine équipe, qui s'étend à d'autres, et inclut son hôte ! Ces personnes, qui étaient des étrangers les uns pour les autres, agissent finalement ensemble, éprouvent des émotions, des sentiments. L'écrit devient un média, quelle qu'en soit la forme.
Aussi, l'écriture n'est pas qu'un concept : si elle se développe à partir d'un auteur, elle s'ancre également dans une géographie particulière. Et ici, même si les personnages essaiment dans de nombreuses directions, la librairie et son quartier deviennent bien le cœur d'une aventure commune.

Pour moi, écrivaine, la force de l'écrit est une évidence. Parfois, je sens un texte vibrer du message qu'il veut passer, du morceau d'humanité qu'il veut apporter. Et je comprends bien à quel point il peut agir dans nos existences. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'aime à explorer les diverses facettes des métiers du livre.

Dans les Tickets d'or, le pari de l'autrice est que ce sont des personnes pour la plupart peu tournées vers l'écriture qui se laissent traverser par ce que les textes leur disent des autres et permettent que cette activité tisse des liens véritables entre ceux qui la pratiquent.
Et force est de constater qu'ils sont plusieurs à avoir pioché leur ticket gagnant dans cette histoire !


De la lectrice à l'autrice, et qui sait, libraire ?

autrice engagée

Quel genre d'autrice suis-je ?

Mon univers


Dans la vie civile, je suis mariée, mère de quatre enfants et je travaille dans le domaine de la finance.


Mes écritures sont témoignages (la difficulté des réfugiés, le microcosme de l'entreprise internationale et ses absurdités), également explorations historiques (l'entre-deux-guerres vue par une femme qui se découvre des racines alsaciennes), voire techniques (le drone, comme outil aux ressources simultanément insoupçonnées et dangereuses).


Le livre sous toutes ses facettes : de la relecture au podcast


Tout en prenant la plume, j'ai par ailleurs  soutenu des auteurs en effectuant des relectures et j'ai poursuivi mon parcours de lectrice, ce qui m'a conduit d'une part, à être chroniqueuse, d'autre part, à m'intéresser à la diversité des parcours éditoriaux, en créant le podcast J'irai lire chez vous.




Une voix engagée dans l'écriture littéraire à travers des activités transverses

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