Dédicaces vs salons : les sorties de l'écrivain

Pour un écrivain, sortir de sa bulle de création est une étape cruciale. Deux possibilités s'offrent à lui : les salons du livre (dénommé parfois festival) ou les séances de dédicaces. Après avoir parcouru de nombreux kilomètres pour présenter mes livres et rencontré des publics variés, j'ai compris que le livre est accueilli de bien des façons. Tout dépend de ce qui est recherché : l'effervescence collective ou l'intimité du comptoir.

Le salon littéraire : une aventure solidaire


Le salon, c’est le grand bain. C’est un lieu où l’on ne vend pas seulement un livre, mais où l’on partage des univers particuliers, ceux dans lesquels nous plongeons nos lecteurs.

Des rencontres puissantes


Le livre emporte avec lui des thématiques qui provoquent les échanges. Des coïncidences se créent immanquablement entre les lecteurs et les auteurs, autour de thèmes forts pour chacun.

Une solidarité entre auteurs au-delà du stand


Le salon est aussi le terrain de l'entr'aide. J'ai eu l'honneur de défendre le livre d'un écrivain malade qui ne pouvait se déplacer. À l'inverse, mon amie Céline Bernard a déjà tenu mon stand pour me soutenir. 
Egalement, qu’il s’agisse de stands communs (comme à La Rochelle où je me suis trouvée avec une bonne dizaine d'auteurs sur le même stand) ou de retrouvailles, le salon casse la solitude de l'écrivain.

Faire vivre la culture locale


Dans certaines communes de petites tailles, la culture est portée par quelques personnes dynamiques. À Néronde, dans la Loire, la bibliothèque lance de belles initiatives pour porter l'écriture au cœur du village. À Brindas, dans le Rhône, c'est une organisatrice en situation de handicap, passionnée d'écriture, qui insuffle une énergie incroyable. 
Dans ces lieux, quand on vient faire connaître son livre, on ne se contente pas de signer des ouvrages : on porte une responsabilité dans le succès culturel d'une commune (ou d'une communauté).

La Dédicace en Librairie : proximité et légitimité


Si le salon est une fête, la dédicace est un rendez-vous. Elle offre une légitimité particulière, celle d'être accueilli dans des lieux consacrés dans la durée aux livres.

S'ancrer dans son territoire

Quand on organise une dédicace, on choisit un lieu.
Pour moi, passer par le Cultura de Limonest ou la Fnac de Roanne proches de mes lieux d'habitation, permet de toucher un public de proximité. A Lyon, j'ai également organisé des dédicaces dans l'espace public, avec d'autres auteurs, comme Meg et Laetitia Dupont notamment.

La cohérence de l'univers  du papier


Il y a une magie particulière à signer dans des librairie-papeterie, comme la librairie Jardin de Papier ou celle du Lycée de Feurs. Dans cette dernière, j'ai succédé à des auteurs locaux rencontrés en salon (comme Yves Montmartin,  Jean Ducreux, Dominique Dejob), créant un maillage de plumes locales. Dans ces endroits, l'objet livre mêlé aux fournitures de l'écolier est dans son environnement. A l'heure du numérique, nombre de lecteur redise le plaisir de tourner les pages d'un livre broché.

Finalement, salon ou dédicace ?


Dans les deux cas, le fait de participer à un évènement littéraire permet de mettre en avant la valeur de son écriture.

Peaufiner son discours : chaque rencontre est un exercice de style pour apprendre à parler de son œuvre de façon synthétique, tout en donnant envie au lecteur de découvrir son livre.

Gérer la concurrence : à Villefranche ou à La Rochelle, la multitude d'auteurs, ainsi que la présence d'auteurs connus, force l'humilité et demande de puiser dans l'assurance de sa propre légitimité. 

La quête de soi : que ce soit face à une foule mouvante ou un lecteur unique, l'exercice fait ressortir notre propre trajectoire d'écriture.

Conclusion : l'écriture comme une activité qui définit durablement


Qu'il s'agisse d'un salon ou d'une librairie, l'acte de dédicacer est le prolongement du texte et permet à l'auteur d'être "reconnu" par ses pairs et par des lecteurs amateurs de salons et dédicaces. Cependant, on peut interroger la nécessité de participer à des évènements pour devenir un auteur dit "professionnel". 
Dans « Participer aux manifestations et rencontres littéraires », Balisages, 9 | 2025, Olivia Guillon conclut ainsi : 
La place croissante des manifestations et rencontres dans les modèles économiques de la filière influence l’organisation du travail des auteurs voire leur production, c’est-à-dire les œuvres elles-mêmes. Le regard que les auteurs portent sur leur propre développement professionnel sous le prisme de l’événementialisation est révélateur de la façon dont ils envisagent les différentes facettes de leur activité – de manière généralement beaucoup moins binaire qu’une distinction nette entre intérêts créatif et économique – et rend compte de la complexité de leur professionnalisation [ ].

La communication, si elle paraît nécessaire, reste un accessoire d'une pratique qui se définit de bien d'autres manières...


Le vagabond de Séoul, Kim Ho-Yeon


Avec Dogko, la parole ralentit et la mémoire est tenue à distance : on ignore ce qui l'a amené à se réfugier, comme ultime logis, dans la gare de Séoul. Le mystère qui est entretenu sur la rupture qui l'a conduit dans une supérette de quartier est d'abord compensé par l'histoire d'une reconstruction permise par la propriétaire de ce lieu.
Cet homme, plus astucieux qu'il n'y paraît, parvient à déjouer des situations conflictuelles ou à guider des personnes en difficulté. Finalement, l'aumône qu'on lui fait, en lui garantissant les moyens de survie, n'est rien à côté des services qu'il rend naturellement.
Dans ce roman coréen qui se déroule en grande partie dans les heures de nuit, les enjeux sont assez similaires à ce que l'on pourrait trouver dans un roman européen. Ces leçons valent pour tout un chacun dans le fond. Cependant, le vocabulaire nous plongent dans un décor qui nous offre un voyage en plus des dénouements de situations douloureuses.

Un bon moment de lecture.


Note : dans mes romans, j'ai aimé exploré des pays lointains (l'Afghanistan, par exemple). Mais ici, nous sommes encore deux fois plus loin, par rapport à la France. Un sacré dépaysement !

La confédération des maires, une utopie littéraire ?

Politique fiction : pour explorer l'extension du rôle des maires

La confiance accrue aux maires comme piste pour un meilleur avenir politique

Les récentes élections municipales nous rappellent combien la question du pouvoir communal est critique. Dans mon roman À la hauteur, j'ai créé une situation qui permet de l'étudier dans une société où l'appareil d'État a été effacé : les grandes villes françaises ont été englouties par une montée des eaux jusqu'à cinq cents mètres. Que reste-t-il ? Les communes. J'ai imaginé l'émergence de nouveaux pouvoirs avec la constitution d'une confédération des maires.

Une fois l'horreur de cette hypothèse de science-fiction évacuée, nous pouvons examiner de façon constructive les effets d'une gouvernance par les maires — puisque ce serait le seul pouvoir restant — en imaginant ce qu'un tel transfert pourrait apporter.

La confédération des maires : une utopie née d'un départ à zéro

Dans mon livre, la confédération des maires organise la société amputée de son administration centrale en une collaboration horizontale. Le pouvoir communal s'impose de lui-même car il est le seul, à l'échelle d'une proximité géographique réduite par la disparition des moyens de transports classiques privés d'électricité et de carburant, capable de gérer l'essentiel : l'accès à l'eau, les ressources et l'entraide. 

Extrait : 

Oui, le maire lui-même se déplace chez ses administrés ! Aristide est estomaqué : lui n’aurait pas su reconnaître le maire dans les rues de Lyon, malgré le matraquage intensif mené par les médias pendant et après sa campagne. Enfin, maintenant, ça n’a plus d’importance. 

Finalement, cette proximité change tout. Les concitoyens acceptent l'autorité car elle est visible, tangible et dévouée au service de la communauté. Ici, le maire est également celui qui encourage les plus compétents à se mettre au service de la communauté.

Je pleure encore la beauté du monde, Charlotte McConaghy


 Inti porte les difficultés d'une jeunesse partagée entre une mère qui veut l'endurcir, à la ville, et un père qui veut l'ouvrir à la nature, dans une forêt. Adulte, elle est maintenant en charge de sa sœur jumelle Aggie, mal remise d'un traumatisme, alors qu'elle s'est installée en Écosse pour introduire des loups.

Attachée à cette meute qu'elle espère voir grandir sans qu'il y ait d'attaques de troupeaux, elle tâche également de prendre sa place dans une communauté hostile. Seul Duncan, le policier, essaie de raisonner la peur viscérale qui pousse à un rejet catégorique de cette porteuse de projet, qui va à l'encontre du bien commun d'après les fermes voisines. 

S'ajoute à cela qu'elle affronte Stuart, un fermier parce qu'il maltraite manifestement sa femme. Comme avec les loups, elle met en danger.

Un livre fort, sur le lien à la nature, sur le lien à ses proches, et sur la frontière qu'on ne devrait pas dépasser.


Dans À la hauteur, mon dernier roman écrit, mes personnages doivent avancer en surmontant la peur que la nature récidive, après que l'eau est montée de cinq cent mètres. Ici, par exemple, Aristide dépasse les digues hautes de sa peur. Imprudence et héroïsme se mêle ainsi dans un acte insensé.

Nous vivons bas et nous construisons des digues hautes, chronique de À la hauteur

Chronique de A la heuteur, Jeanne Orient

Une chronique qui transforme mon roman À la hauteur en une arme pour la paix

Jeanne Orient, une chroniqueuse littéraire, à la fois magicienne des mots et communicante avisée, m'a fait l'honneur de lire et d'aimer mon roman À la hauteur, pour en réaliser une chronique unique en son genre. Et puissante. À travers son analyse, elle parvient au cœur de mon travail : le fait de comprendre comment l'effondrement de nos structures peut nous permettre d'accéder enfin à ce qui est essentiel en nous, pour nous. Ainsi, elle fait de mon roman une arme pour la paix.

L'eau comme un miroir révélateur

Jeanne Orient révèle les personnages face à leurs peurs, montre que la catastrophe les oblige à explorer leurs résistances et à accéder à ce qui est haut en eux. Par là même, elle réussit le tour de passe-passe de nous mettre face à nos petitesses, les remparts que nous nous sommes obstinés à construire, et à nous ouvrir une voie pour les dépasser. Après la catastrophe, accéder à cet inconnu en nous est le meilleur cheminement vers un équilibre.

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