Le corsaire et la demoiselle, Lynda Guillemaud

 


Margaux est une héroïne de drame, qui ne perd rien de sa superbe au lendemain du déshonneur de sa famille lié au suicide de son noble père, ruiné. L'antagoniste, lui, est exécrable à souhait : marquis, il étale ostensiblement sa richesse et montre un empressement éhonté à profiter de la belle. 

Nous sommes au XVIIIᵉ, dans un siècle qui empêche le mélange des castes et le roman pourrait virer à la tragédie, car Margaux fréquente plus d'un roturier, notamment Josselin. Bien qu'à la tête d'un navire, ce dernier est parfois de surcroît contraint de remplir quelques contrats douteux qui sortent de son activité de corsaire légitimée par le roi de France. Les deux jeunes gens s'associent pour chercher des preuves de la malhonnêteté du fameux marquis. Lui risque sa vie, mais Margaux, elle, espère sauver l'honneur de sa famille.

Non seulement l'autrice maîtrise à la perfection les codes de la romance. Elle nous plonge également dans un univers historique recomposé avec précision, nous informant sur les façons de penser de l'époque, les habits, les habitudes alimentaires et les us et coutumes, tout en retraçant l'histoire des navires au long cours, gardiens des mers contre les pirates. 

Un beau moment de lecture à la fois équilibré dans son scénario et riche en découvertes.


Note : j'ai travaillé plusieurs fois avec Lynda. D'abord pour des échanges de relectures. C'est elle aussi qui m'a aidé à recentrer mon travail de communication sur l'essentiel. Une partenaire de choix, dont je salue au passage les qualités littéraires.

Seules les rivières, Patrice Gain

 

Seules les rivières, Patrice Gain
Jess parcourt les routes et les vents de tous bords, en laissant à regret une demi-sœur, Anna, à une mère mauvaise. Meurtrie dans son âme et sa chair par une agression organisée par son petit ami, elle cherche cependant l'ailleurs qui lui ouvrira une porte vers une vie normale. 

Dans sa course à la survie, se présentent des refuges qu'elle doit quitter, poursuivie par l'injustice. Aussi, ne disposant que de la violence comme seule arme, elle la retourne contre ceux qui lui veulent du mal, n'espérant aucun soutien de la force publique.

De sa quête insensée, elle retire des bonheurs fugaces et intenses au hasard de ses installations temporaires. La vie sauvage également lui réserve des rencontres étonnantes.

Un personnage attachant emmêlé dans un drame entrecoupé de tranches de vie à l'équilibre précaire.


Note : dans mes écrits, je n'ai pas mis mes personnages à ce point en danger. Dans Ciao Bella, sous titré La vie l'emportera, Benjamin fuit la vengeance d'un criminel. Il s'installe dans un lieu reculé, certes, mais je n'ai pas voulu que la justice soit à ce point aveugle qu'elle aggrave encore l'instabilité du héros. Les restes d'un optimisme forcené ?


Quand le jeu devient un vice : comparaison de personnages de roman sous le joug de cette addiction

Les jeux d'argent : exploration à travers des personnages romanesques

 Le jeu est un vice qui peut abîmer une famille en engloutissant ses moyens de subsistance. Ses mécanismes sont subtils. Dans mon roman, Résurgence d'un cœur oublié, ce vice aurait pu devenir le mobile du délit. 

Le décor hypnotique des espaces de jeux

Jean-Pierre bénéficie d'un moment de détente et se trouve à Las Vegas, la ville de la démesure, artificiellement construite dans un désert nord-américain et repaire de noceurs… et de joueurs. Le décor feutré de l'hôtellerie internationale crée une impression de confort plus ou moins factice. 

Cette ville fascinante peut rappeler sous certains aspects la ville fictive de Roullentenburg du Joueur de Dostoïevski, microcosme absurde, où, comme pour cet antagoniste qui se laisse tenter par une joueuse, il est facile de se laisser embarquer par la fièvre addictive d'un alter ego.

De façon générale, les casinos se situent dans des lieux sélects qui endorment les réflexes de prudence des victimes de cette addiction, en créant une sensation de bien-être par des moyens parfois détournés.

Volia, Anastasia Fomitchova

 


L'autrice nous transporte du quotidien d'une étudiante parisienne à celui d'une volontaire dans l'armée ukrainienne. Elle devient « médic» et affronte à ce titre les pires horreurs commises au nom de la guerre. Chaque jour, elle abandonne un peu plus les rêves simples d'une étudiante promise à un avenir banal pour permettre à son pays de continuer d'exister. 

Un appel à l'aide et une leçon de courage.


Note : si j'ai senti vibrer cette jeune femme, je n'ai en revanche pas saisi pleinement  la chronologie de son parcours — une pudeur, sans doute, qui éclipse les repères biographiques au profit d'épisodes de guerre —, même si Anastasia Fomitchova décrit bien la vie ordinaire qu'elle aimerait retrouver et qui constitue un objectif, fût-il lointain.
Personnellement, mon aventure littéraire m'a amenée à témoigner du drame afghan, que j'explore à distance au fil des années (en m'enrichissant cependant d'interviews menées auprès d'Afghans réfugiés). Un autre drame, intime celui-là, transparaît dans Ciao bella, sous-titré La vie l'emportera. Cela dit, je me suis refusé à en faire un simple roman-exutoire, pour que la fiction l'emporte sur la confession de douleurs irrésolues et que les personnages se développent dans leurs propres univers.

Mado des oiseaux, Sylvie Pérenne


 Mado ignore d'où elle vient si ce n'est qu'elle a été recueillie dans un orphelinat. Elle s'enferme dans ses difficultés et tâche à sa façon de dévorer la vie. Mais elle peine à trouver des alliés dans le genre humain. C'est en atterrissant dans la famille de Paul, qui habite près d'une forêt, qu'elle se raccroche au genre animal pour ressentir enfin une certaine joie de vivre.


Malheureusement, la vie qu'elle anime en elle grouille d'une passion dévastatrice.
Un livre poignant d'un retour à la vie mêlé à une désespérance.
L'autrice s'embarque dans un style d'une poésie alerte, si ce n'est que l'on s'enfonce, comme Mado, dans une histoire sombre, qui perd peu à peu en lisibilité, quand elle gagne en lyrisme.

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