M le Maudit, une source d'inspiration de Tous les matins, elle boitait

M le maudit, film source d'inspiration littéraire

Quand j'ai écrit ce roman historique, j'ai d'abord relu des archives personnelles venant de ma famille alsacienne. J'ai cherché également des éléments culturels des années où l'on suit l'évolution de Jeanne et c'est tout naturellement que je suis retournée au film M le Maudit de Fritz Lang, un film de référence sorti en 1931, que j'avais déjà vu. Pour moi, il permet d'évoquer l'ambiance complexe de l'époque avec ses peurs latentes.

L'instinct maternel torturé par la possible disparition tragique de son enfant

Dans ce récit poignant, j'ai d'abord retenu la figure de la mère de la jeune victime, tragique, pour illustrer indirectement une difficulté de Jeanne, personnage principal cinéphile : sa stérilité la met à l'écart du fait de son manque de compréhension de ce que vivent les femmes de son entourage depuis leurs maternités.

Ici, nous sommes dans un contexte où tout le monde partage l'angoisse de la perte éprouvée par la mère.

Cependant, ce thème, s'il est crucial, n'est pas le sujet principal du film. La mère reste un personnage secondaire. Le film finit certes par un plan sur la mère que l'on a vue au début du film, mais elle dit que la découverte de l'assassin ne lui rendra pas non plus sa fille et que l'on doit simplement mieux faire attention à ses enfants.

L'arrivée d'un régime extrémiste

Folie et solitude du meurtrier

Un autre thème est le manque de contrôle du meurtrier qui divague, ce qui renvoie à la menace incontrôlée qu'il représente, menace difficile à capter et à interpréter de ce fait.

 

« Toujours, je dois aller par les rues, et toujours je sens qu'il y a quelqu'un derrière moi. Et c'est moi-même ! (…) quelquefois c'est pour moi comme si je courais moi-même derrière moi ! Je veux me fuir moi-même mais je n'y arrive pas! Je ne peux pas m'échapper ! (…) quand je fais ça, je ne sais plus rien… Ensuite je me retrouve devant une affiche et je lis ce que j'ai fait, et je lis. J'ai fait cela ? »


L'art comme conscience politique dans les années trente


Après l'insouciance apparente des Années Folles, ce film accompagne également l'idée que Jeanne s'oriente, presque malgré elle, vers une lutte clandestine contre le nazisme. Tout comme, plus tard, son questionnement face à Guernica de Picasso, l'évocation du film de Lang résonne comme un signal. Elle fait écho à ces « lanceurs d'alerte » de l'entre-deux-guerres, dont les mises en garde venaient hanter la conscience des bonnes volontés. 

D'ailleurs, une remarque concernant le personnage de Jeanne, fille d'artiste peintre : il m'est facile d'imaginer que l'art était un bon moyen de saisir l'horreur de ce qui se jouait en Allemagne. D'ailleurs Fritz Lang a a été approché par Joseph Goebbels en 1933 pour devenir le réalisateur du régime, mais il a refusé et a fui l'Allemagne peu après.

Le parcours d'une femme ordinaire


Jeanne arrive très progressivement et de façon mesurée dans la lutte contre le nazisme. Un des éléments est le fait qu'elle s'aperçoive avec horreur que le nationalisme et la peur de l'étranger contaminent des gens de peu, qu'elle croyait plus sensés. Dans le film de Fritz Lang est d'ailleurs illustré la frénésie des citoyens lambda quand ils se regroupent contre un homme désigné comme l'homme à abattre. 

Une chroniqueuse et collègue autrice a relevé l'aspect réducteur de cette hypothèse ce dont je l'en remercie. Et je la cite  d'ailleurs :

Pour ma part, j'ai tendance à penser que certains patrons et détenteurs de capitaux ont, dans les années vingt et trente, préféré choisir Hitler et son nouveau parti plutôt que Staline, qui a commis lui aussi son lot d'atrocités. La peur de l'abolition de la propriété privée et de la collectivisation, mises en oeuvre par Staline, les a incités à fermer les yeux sur une autre réalité tout aussi effrayante : la montée de la haine raciale, les lois antisémites, les pogroms comme durant la nuit de cristal, les camps de concentration pour intellectuels et dissidents, l'euthanasie pour les handicapés mentaux qui furent les premiers à tester l'efficacité des chambres à gaz etc.

Extrait de Tous les matins, elle boitait 

En 1932, Jeanne, mariée depuis sept ans, nourrit secrètement une passion pour le cinéma qui l'accompagne dans ses difficultés et lui ouvrent les yeux. Fidèle à son mari, elle s'autorise cependant des libertés qui la distingue des femmes de son époque.


Un peu moins dun an plus tard, M le maudit intervint dans ma vie dune façon détournée. Perturbée par une stérilité qui saffirmait, je voulus comprendre, ressentir le souci que les mères avaient de leur enfant tandis quun prédateur rôdait. La compassion éprouvée suscita une sorte dinstinct maternel chez moi. Je laissai alors entendre dans les milieux bienséants gouvernés par Granny que je pourrais moccuper denfants. Je navais toujours pas réussi à décrocher un emploi fixe, peut-être parce que jespérais encore que le cinéma mappelât ou parce quen quittant la dactylographie, javais finalement ressenti un soulagement. Cet élan me rendit persuasive et une jeune femme accepta de me prendre à lessai. Théodore fut furieux de lapprendre. « Cette toquade nest pas digne de nous », disait-il. Je tins bon et bien men prit, car au bout de quelques mois, la jeune mère persuada son mari de me prendre comme secrétaire dans un journal. Même si ce métier me ramenait à la dactylographie, il me permettait aussi de mettre en valeur ma propension à organiser. Et je découvris rapidement que cette gazette osait publier des poèmes jugés polémiques, notamment des mises en garde contre le nazisme. Cette prise de position menchanta. 




Dédicaces vs salons : les sorties de l'écrivain

dédicace ou salon : comment choisir ? Est-il nécessaire pour un auteur de participer à des manifestations littéraires ?

Pour un écrivain, sortir de sa bulle de création est une étape cruciale. Deux possibilités s'offrent à lui : les salons du livre (dénommés parfois festivals) ou les séances de dédicaces. Après avoir parcouru de nombreux kilomètres pour présenter mes livres et rencontré des publics variés, j'ai compris que le livre est accueilli de bien des façons. Tout dépend de ce qui est recherché : l'effervescence collective ou l'intimité du comptoir.

Le salon littéraire : une aventure solidaire


Le salon, c’est le grand bain. C’est un lieu où l’on ne vend pas seulement un livre, mais où l’on partage des univers particuliers, ceux dans lesquels nous plongeons nos lecteurs.

Des rencontres puissantes


Le livre emporte avec lui des thématiques qui provoquent les échanges. Des coïncidences se créent immanquablement entre les lecteurs et les auteurs, autour de thèmes forts pour chacun.

Une solidarité entre auteurs au-delà du stand


Le salon est aussi le terrain de l'entraide. J'ai eu l'honneur de défendre le livre d'un écrivain malade qui ne pouvait pas se déplacer. À l'inverse, mon amie Céline Bernard a déjà tenu mon stand pour me soutenir. 
Également, qu’il s’agisse de stands communs (comme à La Rochelle où je me suis trouvée avec une bonne dizaine d'auteurs sur le même stand) ou de retrouvailles (comme dans la Loire, où je retrouve régulièrement des auteurs que je connais, comme José Casatejada, par exemple) le salon casse la solitude de l'écrivain.

Faire vivre la culture locale
Salon du livre de Brindas


Dans certaines communes de petites tailles, la culture est portée par quelques personnes dynamiques. À Néronde, dans la Loire, la bibliothèque lance de belles initiatives pour porter l'écriture au cœur du village. À Brindas, dans le Rhône, c'est une organisatrice en situation de handicap, passionnée d'écriture, qui a insufflé une énergie incroyable. 
Dans ces lieux, quand on vient faire connaître son livre, on ne se contente pas de signer des ouvrages : on porte une responsabilité dans le succès culturel d'une commune (ou d'une communauté).

La dédicace en librairie : proximité et légitimité


Si le salon est une fête, la dédicace est un rendez-vous. En accueillant le livre dans un endroit qui leur est consacré dans la durée, elle lui offre une légitimité particulière, une forme d'adoubement, dans le fond.
Dédicaces Cultura

S'ancrer dans son territoire

Quand on organise une dédicace, on choisit un lieu.
Pour moi, passer par le Cultura de Limonest ou la Fnac de Roanne (en partenariat avec Catherine Berthelier), proches de mes lieux d'habitation, permet de toucher un public de proximité. À Lyon, j'ai également organisé des dédicaces dans l'espace public, avec d'autres auteurs, comme Meg et Laetitia Dupont notamment.

La cohérence de l'univers du papier


Il y a une magie particulière à signer dans des librairies-papeteries, comme la librairie Jardin de Papier ou celle du Lycée de Feurs. Dans cette dernière, j'ai succédé à des auteurs locaux rencontrés en salon (comme Yves Montmartin, Jean Ducreux, Dominique Dejob), créant un maillage de plumes locales. Dans ces endroits, l'objet livre mêlé aux fournitures de l'écolier est dans son environnement ; à l'heure du numérique, nombre de lecteurs redisent le plaisir de tourner les pages d'un livre broché.

Le vagabond de Séoul, Kim Ho-Yeon


Avec Dogko, la parole ralentit et la mémoire est tenue à distance : on ignore ce qui l'a amené à se réfugier, comme ultime logis, dans la gare de Séoul. Le mystère qui est entretenu sur la rupture qui l'a conduit dans une supérette de quartier est d'abord compensé par l'histoire d'une reconstruction permise par la propriétaire de ce lieu.
Cet homme, plus astucieux qu'il n'y paraît, parvient à déjouer des situations conflictuelles ou à guider des personnes en difficulté. Finalement, l'aumône qu'on lui fait, en lui garantissant les moyens de survie, n'est rien à côté des services qu'il rend naturellement.
Dans ce roman coréen qui se déroule en grande partie dans les heures de nuit, les enjeux sont assez similaires à ce que l'on pourrait trouver dans un roman européen. Ces leçons valent pour tout un chacun dans le fond. Cependant, le vocabulaire nous plongent dans un décor qui nous offre un voyage en plus des dénouements de situations douloureuses.

Un bon moment de lecture.


Note : dans mes romans, j'ai aimé exploré des pays lointains (l'Afghanistan, par exemple). Mais ici, nous sommes encore deux fois plus loin, par rapport à la France. Un sacré dépaysement !

La confédération des maires, une utopie littéraire ?

Politique fiction : pour explorer l'extension du rôle des maires

La confiance accrue aux maires comme piste pour un meilleur avenir politique

Les récentes élections municipales nous rappellent combien la question du pouvoir communal est critique. Dans mon roman À la hauteur, j'ai créé une situation qui permet de l'étudier dans une société où l'appareil d'État a été effacé : les grandes villes françaises ont été englouties par une montée des eaux jusqu'à cinq cents mètres. Que reste-t-il ? Les communes. J'ai imaginé l'émergence de nouveaux pouvoirs avec la constitution d'une confédération des maires.

Une fois l'horreur de cette hypothèse de science-fiction évacuée, nous pouvons examiner de façon constructive les effets d'une gouvernance par les maires — puisque ce serait le seul pouvoir restant — en imaginant ce qu'un tel transfert pourrait apporter.

La confédération des maires : une utopie née d'un départ à zéro

Dans mon livre, la confédération des maires organise la société amputée de son administration centrale en une collaboration horizontale. Le pouvoir communal s'impose de lui-même car il est le seul, à l'échelle d'une proximité géographique réduite par la disparition des moyens de transports classiques privés d'électricité et de carburant, capable de gérer l'essentiel : l'accès à l'eau, les ressources et l'entraide. 

Extrait : 

Oui, le maire lui-même se déplace chez ses administrés ! Aristide est estomaqué : lui n’aurait pas su reconnaître le maire dans les rues de Lyon, malgré le matraquage intensif mené par les médias pendant et après sa campagne. Enfin, maintenant, ça n’a plus d’importance. 

Finalement, cette proximité change tout. Les concitoyens acceptent l'autorité car elle est visible, tangible et dévouée au service de la communauté. Ici, le maire est également celui qui encourage les plus compétents à se mettre au service de la communauté.

Je pleure encore la beauté du monde, Charlotte McConaghy


 Inti porte les difficultés d'une jeunesse partagée entre une mère qui veut l'endurcir, à la ville, et un père qui veut l'ouvrir à la nature, dans une forêt. Adulte, elle est maintenant en charge de sa sœur jumelle Aggie, mal remise d'un traumatisme, alors qu'elle s'est installée en Écosse pour introduire des loups.

Attachée à cette meute qu'elle espère voir grandir sans qu'il y ait d'attaques de troupeaux, elle tâche également de prendre sa place dans une communauté hostile. Seul Duncan, le policier, essaie de raisonner la peur viscérale qui pousse à un rejet catégorique de cette porteuse de projet, qui va à l'encontre du bien commun d'après les fermes voisines. 

S'ajoute à cela qu'elle affronte Stuart, un fermier parce qu'il maltraite manifestement sa femme. Comme avec les loups, elle met en danger.

Un livre fort, sur le lien à la nature, sur le lien à ses proches, et sur la frontière qu'on ne devrait pas dépasser.


Dans À la hauteur, mon dernier roman écrit, mes personnages doivent avancer en surmontant la peur que la nature récidive, après que l'eau est montée de cinq cent mètres. Ici, par exemple, Aristide dépasse les digues hautes de sa peur. Imprudence et héroïsme se mêle ainsi dans un acte insensé.

Messages les plus consultés