Nom de plume pour écrire sereinement

Distinguer ma vie d'écrivaine de ma vie civile


Rempart aux critiques destructrices 

La vie d'écrivain est forcément une exposition aux critiques. Qui pourrait reprocher à l'auteur de se méfier de pamphlets qui réduisent d’un traître mot votre travail à un néant sans perspective d’évolution ?
De mon côté, mes premières publications coïncidaient de surcroît avec une période de recherche d’emploi. Mon activité en étant à ses balbutiements à cette époque, tandis que l'image du candidat commençait à être vérifiée sur Internet, il n'était alors pas judicieux de lancer mes communications d'autrice sous mon nom propre.

Protéger mes proches

Un fait divers en Alsace impliquant un auteur  agressé à son domicile par des talibans, menaçant ainsi sa propre famille, m'a conforté dans mon choix d'écrire sous un nom de plume. D'ailleurs, plus tard, on m'a conseillé à certains moments de retirer de mon stand les romans mettant en cause ce régime (que je dénonce en effet dans certains de mes écrits).

Également, si ma qualité d'écrivain devait être éclaboussée par les fameuses critiques véhémentes auxquelles on doit faire face à un moment ou à un autre, je souhaite leur en parler moi-même avant que cela parvienne à leurs oreilles.

Critiques nécessaires

Il reste que, pour permettre à mes écritures d'exister, il me faut accepter l'épreuve des critiques de lecteurs impartiaux. Qu'elles soient tendres ou piquantes, elles seront d'autant plus constructives qu'elles peuvent s'exprimer en toute liberté ; c'est la raison pour laquelle j'évite de confier mes relectures à mon entourage.  

Aussi, je ne veux pas importuner mes proches avec ces demandes d'avis et relectures, même si j'ose de plus en plus leur parler de cette activité, en tâchant par ailleurs de ne pas trop empiéter sur le temps que je veux leur consacrer ! Il est alors nécessaire de créer une autre communauté autour de mes écrits, moins proche de ma personne peut-être, mais plus concentrée sur les aspects littéraires d'une activité à part pour moi. (Cependant, quel plaisir d'allier les deux quand un proche s'intéresse à l'un de mes romans ou à mes démarches en cours pour me faire connaître en tant qu'autrice !)
 

Le droit à la douceur de l'ombre 

bougie de l'université d'Oxford
Le choix de publier sous un nom de plume, plus discrètement en somme, me correspond.

J'ai appris ainsi à communiquer progressivement, sans excès, en me concentrant sur les univers de mes livres et j'avance ainsi vers plus de visibilité. Cependant, mon premier objectif reste la progression dans l'écriture.
Et s'il s'avère que je ne laisse pas de publication notoire dans l'univers foisonnant de la littérature, j'y aurais assouvi mon goût des mots, j'aurais partagé le labeur d'écrivains plus talentueux. Suffisant pour mener à bien cette aventure.

Cela dit, je garde l'idée que, chemin faisant, je toucherai un plus grand nombre de lecteurs et que je gagnerai en légitimité. Je crois pouvoir atteindre une certaine notoriété. Tout en sachant qu'un éventuel succès pourrait être remis en cause à chaque nouveau roman. C'est le côté joueur de ce pari toujours renouvelé.

Sortir de l'anonymat dans la lumière d'une maison d'édition

Aujourd'hui, je continue de proposer mes romans aux maisons d'édition et une autre façon de sortir de l'anonymat serait de publier sous l'un de ces labels reconnus.
Et au sein d'une maison qui m'accompagnerait, j'envisage alors de publier en mon propre nom !

Forte d'une belle expérience dans le monde de l'autoédition, je pourrais porter efficacement mon livre vers un public qui lui correspondrait et continuer de grandir avec des critiques constructives, en craignant moins les inévitables détracteurs. Gageons que ce serait l'occasion de vivre une aventure littéraire riches en nouvelles rencontres et qui mènerait mes textes vers de nouveaux horizons.


Cependant, mon rêve, au bout du compte, reste de rencontrer mon lectorat et je sais que ce chemin au multiples embûches est celui qui me permettra de continuer d'avancer, d'une façon ou d'une autre.



Le quartier des ombres, Fiji

 J'ai été intriguée d'emblée par Gaëtan, un personnage arrivé au bout de sa vie, drogué de médicaments, insensibilisé donc. C'est bien malgré lui qu'il s'inquiète de sa voisine et de son fils : brutalisés par un mari et père archétype de la violence aveugle et injuste, ils deviennent l'aiguillon qui permettra à cet homme amorphe d'agir. 

Le quartier des ombres, FIJI

Puis c'est la cité qui m'a happée, en particulier du fait que je m'emploie à connaître et à aimer le quartier de la Duchère à Lyon (qui connaît quelques tours qui valent bien celles de la cité décrite ici) empêché par quelques fauteurs de trouble. Ici également, nous sommes dans une ambiance aussi chaleureuse que délétère, pour ceux qui se laisseraient prendre dans les filets tendus dans l'ombre de la pauvreté.

Lors d'une première tentative, l'absence de chapitre (remplacée par une succession de scénettes dynamiques qui s'affranchissent de grandes descriptions ou de re-situation systématique des personnages) ainsi qu'une galerie de personnages nombreux m'a désarçonnée. Mais il est des livres têtus qui révèlent toute leur portée à la faveur d'une seconde chance. Et je suis alors entrée dans l'histoire comme on découvre un lieu en s'y immergeant. Amia, la victime, est le pilier qui nous amène à Fatima et à ses fils : Yanis et Amir, qui sont en passe de mal tourner. La gentillesse spontanée et volontaire de ces deux femmes illustre la solidarité innée qui porte à bout de bras ce microcosme vibrant et truculent. L'utilisation de langages multiples enrichit encore le tableau.

De l'autre côté, deux policiers et David, un avocat qui veut bien faire, se font prendre par la complexité des enjeux de ce monde empreint également de tradition et de silences obstinés.

Enfin, Noûr, figure de ces jeunes issus de l'immigration qui s'en sortent grâce à une opiniâtreté hors du commun, donne une raison d'avancer coûte que coûte. Avec les moyens du bord. Pas toujours blancs. Ni noirs. Combatifs.

Bref, Le quartier des ombres est un de ces romans qu'on apprivoise, qui offre une lecture humaine et savoureuse et qui confirme le talent de son auteur à incarner des personnages vibrants.


Note : Fiji est un auteur ami avec qui j'ai échangé des (re)lectures de part et d'autre de nos travaux. Pour moi, la découverte de ce roman intervient en parallèle du lancement en cours de Les bancs de la place publique, où l'un des personnages, Ehsan habite le quartier cosmopolite de la « Duch' ». Manque dans mon roman (qui se focalise sur une place en contrebas d'un autre quartier) la solidarité si bien décrite dans Le quartier des ombres, dont je pourrais témoigner bien facilement, ayant moi-même rencontré de belles personnes « issues de la diversité », si attachantes, au cœur même de ces cités mises au ban de la société.



La fugitive de Kaboul, Getee Azami

La fugitive de Kaboul
Getee vit de l'intérieur l'arrivée des talibans. Nous sommes plongés dans l'état de sidération qui enferme des familles entières chez elles. Pour cette journaliste de Kaboul, c'est aussi l'occasion de témoigner de l'horreur de cette violente mainmise. Également, du fait de son statut, elle peut espérer un rapatriement vers la France. 

De l'autre côté, en France, les tentatives administratives aboutissent presque miraculeusement. Mais une fois le sésame obtenu, il faut encore parvenir à monter ensemble dans l'avion (car au vu du danger, on essaie d'extraire également la famille proche) après une traversée de Kaboul des plus dangereuses. Tout ne se passe pas comme prévu, mais le jeune politique qui doutait de pouvoir faire quelque chose pour cette jeune femme connue sur les réseaux sociaux a bel et bien réussi à enclencher un processus salvateur.

Un beau témoignage.



Note : après avoir découvert l'Afghanistan postérieur à la prise de Kaboul de 1996 dans Ciao bella, La vie l'emportera, je suis consternée de constater que l'Histoire se répète. Ce peuple, embarqué dans une tragédie des plus sombres, se bat encore. Ici une femme de sauvée. Pour combien d'autres enfermées ?
Marquée par la situation désespérée des Afghans que j'ai appris à connaître, je me lance dans une nouvelle histoire où Ehsan, Hazâra chiite, a pris une place prépondérante parmi les trois personnages d'un roman choral.
  

Le prieur de Bethléem, Yasmina Khadra

 Yasmina Khadra construit un récit qui amène, étape par étape, l'histoire tragique de Wahid, victime dès l'enfance du drame palestinien. 


L'espoir naît en la personne de Nesreen, sa cousine, qui transforme son univers pour le rendre vivable. 
Son éloignement provoqué par un crime israélien l'oblige à renouer avec ses racines chrétiennes, lui qui vivait déjà avec des juifs autochtones dans son village d'origine. 
La violence monte et perd de sa substance, jusqu'au crime de trop, comme si cette fois-ci envisager de vivre encore le quotidien devenait inacceptable.

L'auteur nous propose une histoire par paliers, là où le degré de violence n'est plus mesurable. 
Nous décrochons avec l'escalade intolérable, pour mieux retourner dans le vif du sujet. 
Une main de maître.


Note : dans mes romans, je me suis également attaquée à des prises de pouvoirs violentes comme celui perpétré par les nazis dans Tous les matins, elle boitait ou plus récemment, celles des talibans, en Afghanistan. En avançant dans ces travaux d'écrivaine, avec mon devoir de mémoire et de témoignage, je saisis l'urgence de mettre en avant, inlassablement, les tragédies, fussent-elles désespérantes. Sans perdre le lecteur en le noyant dans un pathos inacessible : il s'agit également de leur restituer les espoirs permis, l'espérance qui demeure dans les cœurs, pour les individus empêtrés dans le malheur. 

L'écofiction et ses inspirations scientifiques

La fiction comme anticipation du monde de demain

 Pour se lancer dans un roman d'écofiction, l'écrivain recourt bien souvent à une documentation multidisciplinaire. Pour À la hauteur, j'ai interrogé des professeurs en géologie, des experts en biotechnologie, sans oublier les scientifiques de mon entourage capables de m'éclairer en astronomie. L'idée était une montée des eaux de cinq cents mètres, postulat difficile à assumer.

La liste des sciences dites « dures » ou « humaines » utiles à ces récits qui mettent en musique notre besoin d'explorer notre lien à la nature serait longue. Ici quelques domaines de connaissances fascinants qui pourraient nourrir de telles fictions :

La géodynamique ou la climatologie pour agir sur les lieux de l'action

Pour pousser le héros dans ses retranchements, rien de tel qu'un glissement de terrain ou autre séisme capable de transformer la topographie. Dans mon roman, la géodynamique (qui s'intéresse au mouvements de l'écorce terrestre) est la spécialité d'Aristide, le scientifique, qui finalement fait appel à ses connaissances en matière d'astronomie pour trouver une explication à une montée des eaux hors du commun. Peut-être lui aurait-il fallu des connaissances plus approfondies en climatologie (étude des variations du climat sur le long terme) pour évaluer la normalité des pluies torrentielles qui se sont produites avant l'évènement. 

L'éthologie, étude du comportement animal (sauvage ou domestique)

J'ai aimé, dans les années 90, ma lecture de Les Fourmis de Bernard Werber. L'écofiction est un roman qui s'intéresse à notre environnement (éco vient de « oikos » en grec, la maison ou l'habitat) et qui intègre le vivant au sens large. L'éthologie est un exemple de science que j'aimerais explorer pour embarquer un récit avec, en arrière-plan, une portée écologique, tout en étudiant de plus près ce qui nous rapproche de certaines espèces. Un de mes fils a étudié la migration du gravelot à collier interrompu, un oiseau nichant sur les plages bretonnes : voilà un exemple d'étude à visée écologique. Je ne serais pas étonnée qu'un écrivain y voie une inspiration romanesque.

La géopolitique : science humaine pour étudier les effets des crises environnementales dans nos sociétés 

Imaginez un changement majeur dans votre lieu de vie. Il n'en reste pas moins que vous devrez composer avec vos contemporains, que ce soit pour les ressources vitales (eau, nourriture) ou pour les accès aux moyens de communication ou de transport. Il faudra également, pour permettre un lien social viable, remettre en place des institutions, afin de garantir la justice et la prise de décisions politiques. Même affaiblis, les pouvoirs rescapés de votre catastrophe demeurent. Et s'ils ont disparu, ce sera avec les souvenirs de ce qui était que les coopérations entre humains s'établiront. Les références en géopolitique actuelle seront le fondement de la société fictionnelle qui s'adapterait à la nouvelle donne.

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