Seules les rivières, Patrice Gain

 

Seules les rivières, Patrice Gain
Jess parcourt les routes et les vents de tous bords, en laissant à regret une demi-sœur, Anna, à une mère mauvaise. Meurtrie dans son âme et sa chair par une agression organisée par son petit ami, elle cherche cependant l'ailleurs qui lui ouvrira une porte vers une vie normale. 

Dans sa course à la survie, se présentent des refuges qu'elle doit quitter, poursuivie par l'injustice. Aussi, ne disposant que de la violence comme seule arme, elle la retourne contre ceux qui lui veulent du mal, n'espérant aucun soutien de la force publique.

De sa quête insensée, elle retire des bonheurs fugaces et intenses au hasard de ses installations temporaires. La vie sauvage également lui réserve des rencontres étonnantes.

Un personnage attachant emmêlé dans un drame entrecoupé de tranches de vie à l'équilibre précaire.


Note : dans mes écrits, je n'ai pas mis mes personnages à ce point en danger. Dans Ciao Bella, sous titré La vie l'emportera, Benjamin fuit la vengeance d'un criminel. Il s'installe dans un lieu reculé, certes, mais je n'ai pas voulu que la justice soit à ce point aveugle qu'elle aggrave encore l'instabilité du héros. Les restes d'un optimisme forcené ?


Quand le jeu devient un vice : comparaison de personnages de roman sous le joug de cette addiction

Les jeux d'argent : exploration à travers des personnages romanesques

 Le jeu est un vice qui peut abîmer une famille en engloutissant ses moyens de subsistance. Ses mécanismes sont subtils. Dans mon roman, Résurgence d'un cœur oublié, ce vice aurait pu devenir le mobile du délit. 

Le décor hypnotique des espaces de jeux

Jean-Pierre bénéficie d'un moment de détente et se trouve à Las Vegas, la ville de la démesure, artificiellement construite dans un désert nord-américain et repaire de noceurs… et de joueurs. Le décor feutré de l'hôtellerie internationale crée une impression de confort plus ou moins factice. 

Cette ville fascinante peut rappeler sous certains aspects la ville fictive de Roullentenburg du Joueur de Dostoïevski, microcosme absurde, où, comme pour cet antagoniste qui se laisse tenter par une joueuse, il est facile de se laisser embarquer par la fièvre addictive d'un alter ego.

De façon générale, les casinos se situent dans des lieux sélects qui endorment les réflexes de prudence des victimes de cette addiction, en créant une sensation de bien-être par des moyens parfois détournés.

Volia, Anastasia Fomitchova

 


L'autrice nous transporte du quotidien d'une étudiante parisienne à celui d'une volontaire dans l'armée ukrainienne. Elle devient « médic» et affronte à ce titre les pires horreurs commises au nom de la guerre. Chaque jour, elle abandonne un peu plus les rêves simples d'une étudiante promise à un avenir banal pour permettre à son pays de continuer d'exister. 

Un appel à l'aide et une leçon de courage.


Note : si j'ai senti vibrer cette jeune femme, je n'ai en revanche pas saisi pleinement  la chronologie de son parcours — une pudeur, sans doute, qui éclipse les repères biographiques au profit d'épisodes de guerre —, même si Anastasia Fomitchova décrit bien la vie ordinaire qu'elle aimerait retrouver et qui constitue un objectif, fût-il lointain.
Personnellement, mon aventure littéraire m'a amenée à témoigner du drame afghan, que j'explore à distance au fil des années (en m'enrichissant cependant d'interviews menées auprès d'Afghans réfugiés). Un autre drame, intime celui-là, transparaît dans Ciao bella, sous-titré La vie l'emportera. Cela dit, je me suis refusé à en faire un simple roman-exutoire, pour que la fiction l'emporte sur la confession de douleurs irrésolues et que les personnages se développent dans leurs propres univers.

Mado des oiseaux, Sylvie Pérenne


 Mado ignore d'où elle vient si ce n'est qu'elle a été recueillie dans un orphelinat. Elle s'enferme dans ses difficultés et tâche à sa façon de dévorer la vie. Mais elle peine à trouver des alliés dans le genre humain. C'est en atterrissant dans la famille de Paul, qui habite près d'une forêt, qu'elle se raccroche au genre animal pour ressentir enfin une certaine joie de vivre.


Malheureusement, la vie qu'elle anime en elle grouille d'une passion dévastatrice.
Un livre poignant d'un retour à la vie mêlé à une désespérance.
L'autrice s'embarque dans un style d'une poésie alerte, si ce n'est que l'on s'enfonce, comme Mado, dans une histoire sombre, qui perd peu à peu en lisibilité, quand elle gagne en lyrisme.

Narcisse et Goldmund, dilemme entre raison et création

Un roman de référence


Certains livres ont une résonance particulière car ils renvoient à des questions qui guident nos choix. Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse est pour moi de cette trempe. À travers l’opposition entre l’ascèse de l’esprit et l’abandon aux sens, Hesse évoque deux chemins possibles entre lesquels j'oscille volontiers : tenter de mêler l'art à une vie "normale".

La nécessité d'ordonner, venue du religieux

La volonté de suivre des préceptes moraux me vient d'un sentiment religieux (enrichi par l'étude de l'introduction à la vie dévote de Saint François de Sales, mais c'est une autre histoire) et s'abîme parfois dans une vie professionnelle qui se heurte à la fadeur ou aux exigences d'un quotidien alimentaire.

L'écriture comme échappatoire

Pour ma part, l'écriture est le lieu où l'on peut s'affranchir des règles qui contraignent jusqu'à menacer son équilibre. Ici se trouve un souffle tout aussi vital.

Bien vivre ou créer pour être fier de soi ?

Ce qui est troublant est que l'écriture constitue une expérience qui pourrait bien rejoindre le sacré. Quand on écrit, certaines envolées viennent d'ailleurs et effacent le doute. Prétention ? Je ne le crois pas, car, en disant cela, je fais honneur à la force de l'indicible, à l'inspiration en somme. Il est des moments spéciaux, où la valeur de tel ou tel passage est une évidence, où le roman atteint sa version finale. 

Le dilemme de Hesse


Hesse, dans son roman, exprime avec acuité le déchirement de l’homme qui devrait choisir entre le sacré ou la création. Ses personnages, Narcisse et Goldmund, amis de toujours, ne parviennent pas à se rejoindre car ils ont choisi des voies différentes et représentent en cela la difficulté des hommes à choisir entre être droit ou créatif, pour mener leurs vies.

Extrait


C'était vraiment honteux d'être ainsi berné par la vie ; c'était à en rire et à en pleurer ! Ou bien on vivait en s'abandonnant au jeu de ses sens, […] on connaissait alors mainte noble joie, mais on restait sans protection contre l'instabilité des choses humaines ; on était alors comme un champignon dans la forêt, tout resplendissant de ses riches couleurs, mais qui, demain, pourrira. Ou bien on se mettait en défense, on s'enfermait dans un atelier, on cherchait à dresser un monument à la vie fugitive : alors il fallait renoncer à la vie, on n'était plus qu'un instrument, on se mettait bien au service de l'éternel, mais on s'y desséchait et on y perdait sa liberté, sa plénitude, sa joie de vivre […].
Et pourtant toute notre vie n'avait un sens que si on parvenait à mener à la fois ces deux existences, que si elle n'était pas brisée par ce dilemme : créer sans payer cette création du prix de sa vie ! Vivre sans pour cela renoncer au noble destin du créateur ! Était-ce donc impossible ?
Peut-être existait-il des hommes qui en étaient capables. Peut-être existait-il des époux et des pères de famille à qui la fidélité ne faisait pas perdre le sens de la volupté. Peut-être y avait-il des sédentaires dont le cœur ne se desséchait pas faute de liberté et de danger. Il se pouvait. Il n'en avait encore vu aucun.
Tout être reposait, semblait-il, sur une dualité, sur des oppositions. On était homme ou femme, chemineau ou bourgeois, intellectuel ou sentimental ; nulle part on ne trouvait ce rythme de l'inspiration et de l'expiration, on ne pouvait être à la fois homme et femme, jouir de la liberté et de l'ordre, vivre en même temps la vie de l'instinct et de l'intelligence. 

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