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La vérité n'aura pas lieu, Frédéric Viguier


Nous sommes dans la peau d'un écrivain. Cette introspection quelque peu autocentrée fonctionne avec des allers-retours ou plutôt des circonvolutions autour des différents personnages pour décider quel doit être le travail d'un auteur qui a besoin d'un salaire, mais aussi de l'inspiration.

Il serait facile pour cet écrivain de répondre sans réfléchir à la proposition de Gisèle qui veut réhabiliter son fils, qui s'est suicidé après avoir été dénoncé pour attouchements par l'amie un peu délurée de sa fille. Sauf qu'il a besoin d'en savoir plus pour être capable d'écrire. Mais pas tout non plus car il s'agit de transcender la réalité.

Cependant, à force de chercher, il se pourrait bien qu'il approche de la réalité. Peut-être plus qu'il ne voudrait ?

Les questions existentielles de l'écrivain permettent d'approcher la réalité que l'on découvre ainsi par petites touches. J'ai été mal à l'aise avec sa vision pragmatique et peu empathique, mais sa méthode aboutit à une narration efficace et qui se complète peu à peu, pour aboutir à un retournement étonnant. Et la construction est pour le moins originale.

Une lecture intriguante.

Appelez-moi César, Boris Marme


Difficile parcours dans les déviances d'une adolescence éclair qui, au lieu de construire l'adulte, l'a lesté à tout jamais d'un poids, d'un apprentissage destructeur et fascinant à la fois. Étienne sort à peine d'une enfance bourgeoise quand il rencontre les gars de la Sauvegarde, en particulier Jessy, un agitateur charismatique qui dépasse les limites avec un plaisir malin, sous couvert d'une sorte de désespérance provocatrice.
L'auteur nous fait pénétrer dans un cercle vicieux où le groupe crée une émulsion galvanisante. L'idée est de devenir quelqu'un d'endurci. Le problème est que cette prise d'autonomie, d'affranchissement, se fait comme il se doit en niant toute autorité, mais également dans une anarchie la plus totale, la plus cynique.
C'est l'histoire d'une descente aux enfers, heureusement écrite au moment – enfin atteint ! – de s'en délester. J'ai eu d'abord la désagréable impression que le narrateur cherchait à se dédouaner de son manque de discernement passé. Finalement, j'ai découvert un homme qui regarde la réalité en face, qui accepte, sans le cautionner, l'infime incontrôlable à l'origine du basculement.

Note : dans mes romans, figurent des adolescentes ou préadolescentes qui se mettent en danger, mais Jessy est différent. Ce qui me frappe, au-delà de ses excès, c’est cette légèreté tragique avec laquelle il expose les autres à des périls réels.

Les amants du Tage, Joseph Kessel

Antoine et Kathleen se rencontrent au Portugal. Deux exilés qui partagent la même solitude ; ils deviennent amants.
Pour l'ex-soldat français qui pense que Kathleen a commis le même crime que lui, c'est un ravissement suivi d'une descente aux enfers : sa maîtresse a certainement aimé son mari d'un amour passionnel. Il va alors jusqu'à s'abaisser à côtoyer l'inspecteur qui enquête sur le meurtre commis par son amante pour apprendre à connaître le défunt.
Kessel explore la jalousie et la culpabilité là où on ne l'attend pas, dans les méandres de souffrances névrotiques. Une histoire d'amour tragique. Peut-être auraient-ils pu s'aimer, se soutenir, s'ils n'avaient pas tant cherché à se cacher.

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