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Le prieur de Bethléem, Yasmina Khadra

 Yasmina Khadra construit un récit qui amène, étape par étape, l'histoire tragique de Wahid, victime dès l'enfance du drame palestinien. 


L'espoir naît en la personne de Nesreen, sa cousine, qui transforme son univers pour le rendre vivable. 
Son éloignement provoqué par un crime israélien l'oblige à renouer avec ses racines chrétiennes, lui qui vivait déjà avec des juifs autochtones dans son village d'origine. 
La violence monte et perd de sa substance, jusqu'au crime de trop, comme si cette fois-ci envisager de vivre encore le quotidien devenait inacceptable.

L'auteur nous propose une histoire par paliers, là où le degré de violence n'est plus mesurable. 
Nous décrochons avec l'escalade intolérable, pour mieux retourner dans le vif du sujet. 
Une main de maître.


Note : dans mes romans, je me suis également attaquée à des prises de pouvoirs violentes comme celui perpétré par les nazis dans Tous les matins, elle boitait ou plus récemment, celles des talibans, en Afghanistan. En avançant dans ces travaux d'écrivaine, avec mon devoir de mémoire et de témoignage, je saisis l'urgence de mettre en avant, inlassablement, les tragédies, fussent-elles désespérantes. Sans perdre le lecteur en le noyant dans un pathos inacessible : il s'agit également de leur restituer les espoirs permis, l'espérance qui demeure dans les cœurs, pour les individus empêtrés dans le malheur. 

Nos coeurs invincibles, Dimitri Krier


Tala aurait dû être une étudiante en droit ; elle espérait même une place dans une université américaine, mais les évènements à Gaza, depuis l'offensive terroriste en Israël en octobre 2023 jusqu'à 2025, la confinent à un rôle d'aidante humanitaire pour enfants de cette enclave martyrisée. Tout au plus peut-elle avancer dans ses études par voie numérique.

Ce documentaire épistolaire et journalistique met en avant le désarroi commun de Tala et de Michelle, étudiante israélienne, qui défend la cause de ses voisins, dans son pays.

J'ai été touchée par ces récits pour ainsi dire unanimes pour dénoncer l'absurdité de la guerre au Moyen-Orient. Également, je suis admirative du courage de l'une et de l'autre pour ne pas tomber dans l'escalade, au cœur d'un conflit qui n'en finit plus de s'éterniser.

Quelle joie de voir que, depuis, elles ont pu se rencontrer !


De mon côté, depuis que les drones m'ont amenée à découvrir l'Afghanistan, je défend la cause afghane, notamment celle des femmes de ce pays à travers mon livre Ciao bella.

Des enfants uniques, Gabrielle de Tournemire


Des phrases longues sur l'émotion. J'ai dû reprendre au début pour entrer dans le rythme donné par l'autrice.
Alors j'ai compris les difficultés de Carlo pour aider d'abord Hector, puis l'accompagner dans son désir de s'installer avec Luz, voire de s'engager plus avant comme tout couple devrait pouvoir le faire. Entrent alors en scène deux couples de parents, qui veulent faire le mieux pour leurs enfants handicapés, mais qui se trompent parfois, peinant à évaluer et réévaluer leurs capacités en constante évolution, et avec des hauts et des bas.
Un livre d'une grande sensibilité et didactique.
Difficile pour tout un chacun d'imaginer toutes les implications des adaptations nécessaires pour que ces « autrement capables » vivent au mieux leurs libertés mises à mal.
Un livre dont je me souviendrai.



Dans ma bibliographie, Stella, dans Ciao Bella, sous-titré La vie l'emportera, est handicapée physique et comme Hector et Luz, elle s'attache à vivre pleinement son enfance rendue difficile par son impossibilité de se lever. Pour moi, il s'agissait à la fois de rendre hommage aux handicapés qui luttent et de parler de ces jeunes (et moins jeunes) que l'on voit peu.

Mohammad, ma mère et moi, Benoît Cohen


C'est un double récit d'une cruelle actualité, même si l'auteur s'attache à remonter le temps pour retracer le parcours de Mohammad et le sien en parallèle. Ce dernier est presque devenu un membre à part entière de sa famille depuis que sa mère l'a recueilli. Cependant, il est d'abord question de Trump et de l'installation d'un migrant afghan en France. 
Si Trump suscite en France une exaspération assez consensuelle, il n'est pas si évident pour des Français de savoir comment traiter les migrants, et en particulier ceux d'Afghanistan. En premier lieu, l'auteur doute que la venue de Mohammad soit une bonne chose pour sa mère, elle qui vit seule dans une grande demeure parisienne. Elle-même applique les précautions d'usage avant de se lancer dans cette aventure. Et une fois que l'acceptation totale et entière est acquise du côté de la mère et de son fils, alors celle de notre jeune migrant met du temps à se construire. L'évidence n'est pas immédiatement établie et c'est ici que commence réellement l'aventure. D'autant plus que, pour le narrateur, jeune cinéaste new-yorkais, c'est l'occasion d'écrire une histoire comme pour la création d'un film. Il s'agit de recueillir le récit de Mohammad le plus justement possible, mais également d'en saisir le drame et les possibilités de résolution.

Un coup de maître, ce questionnement.
A priori, je ne suis pas adepte des biographies. Cependant, en s'attachant à démêler ses sentiments à propos de cette affaire familiale, l'auteur sait nous parler des autres, du monde qui nous entoure.

La toute petite Reine, Agnès Ledig

La toute petite reine, Agnès Ledig

La toute petite reine
 Un mois après, je n'ai pas tout retenu de ma lecture. Non pas que l'histoire de cette rencontre ne m'a pas touchée (au contraire) mais plutôt parce que l'intérêt de ce livre réside ailleurs.

Finalement, l'émotion ressentie en découvrant ces drames provient je crois de la façon particulière qu'a l'écrivaine de prêter attention à ce qui se joue vraiment. Et ceci à travers les détails. Par exemple, nous avançons aussi avec le regard amoureux du psychiatre de Capucine et les difficultés de la femme de ce dernier à surmonter les bouffées de chaleur de la ménopause. Ou alors nous découvrons des talents cachés depuis l'enfance qui pourraient bien ouvrir des portes insoupçonnés.

Une belle lecture !

Et le désert disparaîtra, Marie Pavlenko



Comme tous les jeunes qui aspirent à grandir, Samaa veut s'émanciper, d'autant plus qu'elle a eu le privilège d'être initiée par son père à des savoirs qui, en tant que fille, auraient dû lui être interdits.


J'ai craint ne pas pouvoir entrer dans le livre : l'auteure nous ouvre un monde sombre qui semble ne pas pouvoir survivre. Et pourtant, résilients, les membres de la tribu de cette jeune intrépide inventent des façons de subvenir à ses besoins qui parviennent à nous convaincre. Et le chemin de Samaa pour trouver sa voie dans l'aridité de son désert et même créer une nouvelle voie pour les siens est une expérience initiatique unique !
Une lecture tour à tour prenante dans l'urgence de la survie, puis rassérénante dans la construction d'une société plus respectueuse de son environnement.
Un bijou par sa fraîcheur et par son approche en douceur d'un sujet brûlant.




Finalement, pour moi, ce roman est une écofiction, une branche littéraire qui ouvre à bien des questionnement sur notre environnement et qui m'a inspiré À la hauteur.

Chanson de la ville silencieuse, Olivier Adam


Une jeune femme part sur les traces de son père disparu dont on pourrait penser qu'il s'est donné la mort. L'auteur nous décrit la jeunesse ballotée et désabusée de son anti-héroïne. Son père est une star de la musique, instable et égocentrique. Pourtant, il fait en sorte que sa fille soit en sécurité contrairement à la mère, irresponsable patentée. 

La première partie du livre : les errements de la pauvre star richissime m'a laissée dubitative. Cependant, ils nous mettent sur la piste d'une quête difficile. Et peu à peu, je me suis laissée bercée par la plume poétique et rythmée de l'auteur, une plume que je retrouve toujours avec plaisir. Progressivement, se dévoile le parcours initiatique de la jeune femme qui, en cherchant à reconstituer les raisons de la disparition de son père, apprend à l'aimer et à lui concéder une certaine liberté. 

Finalement, j'ai été conquise.

L'amour sans le faire, Serge Joncour

Deux solitudes qui se rencontrent, autour d'un enfant, qui cristallise les souvenirs d'un frère et d'un compagnon aimé.
Franck et Louise ont quitté Paris pour se ressourcer dans leur campagne silencieuse, celle qui les a bercés tout deux, mais à des époques différentes. Ils ne se sont pas vus depuis la mort d'Alexandre et se retrouvent autour du fils de Louise - qui porte le même prénom -, là où Franck et son frère ont grandi.
Ils ont beau essayer d'affronter la vie, ils n'y arrivent pas vraiment ; chacun à leur manière, ils instaurent des distances avec les autres.

Ce livre ouvre des possibles, au moment même où la vie semble exsangue, vide. Le nouvel échange avec les voisins, ennemis jurés, en est un exemple touchant.
L'auteur nous emmène tout près de ses personnages, une belle histoire.

En vieillissant les hommes pleurent, Jean-Luc Seigle

Ouvrier chez Michelin, Albert se fait un point d'honneur à nourrir sa famille des productions de sa ferme ; il est aussi un passionné d'horlogerie.
Mais ce qui le caractérise le plus est le fait que, contrairement à son père et à son fils, il a été humilié par la guerre, lors de l'épisode de la Ligne Maginot.
Et il porte son mariage comme une obligation à remplir. Il ne voit plus les efforts que fait encore sa femme pour la sortir de son apathie. Il faut dire que Suzanne s'est éloignée de lui, elle a construit sa propre vie, à côté de lui.

L'auteur décrit le processus d'abnégation qui a conduit Albert à s'effacer, alors qu'il s'en est fallu de peu qu'il rencontre l'amour des siens. Il pénètre dans les détails de ces vies, simples, pour en dégager une histoire unique, et qui, en même temps, est un témoignage documenté d'une époque et du monde rural.

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