Affichage des articles dont le libellé est Editions Gallimard. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Editions Gallimard. Afficher tous les articles

La collision, Paul Gasnier

 


Comprendre.
C'est ce que cherche l'auteur, non pas pour rejouer le procès qui a condamné Saïd à la prison pour avoir percuté sa mère en vélo, ce dans l'élan d'une « roue arrière ». Cette figure d'un style douteux devait couronner un acte d'une audace insensée et répréhensible, pour le plaisir et la gloire futile d'un jeune représentatif de la fameuse « racaille ». Et cette inconséquence a tué une femme douce et ouverte d'esprit.
Lui, le journaliste élevé dans les principes d'une humanité à toute épreuve, il n'y croit pas, à la tendance qui consiste à faire entrer cette engeance dans un stéréotype pour mieux la broyer. Malgré la douleur indicible d'un deuil qui perdure, il établit avec une incroyable bienveillance la chronologie qui a amené à ce fracassement inhumain : il compare la constitution d'une famille banale accouchant de celui qui pourrait être qualifié de monstre à ce qui a amené sa propre famille à croiser le chemin de cet incontestable coupable, de surcroît peu repenti. 
Et ce faisant, il mène une enquête qui n'a pas vocation à exterminer une vermine, mais plutôt à l'appréhender, dans le sens philosophique du terme, voire à appréhender la réalité du dérapage incontrôlé de ces endurcis sans prise sur leurs existences.

Edifiant !


Dans le genre roman non-fiction, sur le thème de la compréhension de parcours de migrants, je citerais Mohammad, ma mère et moi de Benoît Cohen, où il est question d'un Afghan qui peine à s'intégrer malgré sa bonne volonté.


De mon côté, Ciao Bella (sous-titré La vie l'emportera) devait parler d'un drame personnel. Il s'intitulait à l'origine : Dans trois ans, ma mère s'est tué. Le thème du survivant y est bien développé, mais Benjamin, personnage aux multiples ressources, a également affronté un autre combat : celui d'assumer sa responsabilité professionnelle, malgré ses déboires.

Le livre de Neige, Olivier Liron


 En nous glissant les mots d'espagnol qui échappent encore à sa famille exilée d'Espagne, l'auteur nous livre le cœur de ses origines un peu comme son prénom Olivier, qui puise sa vitalité dans la nature brute de la péninsule ibérique.

Maria Nieves, prise d'abord dans la tourmente franquiste qui l'éloigne de la religion, subit ensuite les affres de l'exil voire du racisme ordinaire en émigrant en France. Mais son obstination lui permet de se glisser dans la société française et lui vaut l'admiration de son fils. 
Étudiant l'espagnol comme une gourmandise quotidienne, je me suis régalée en découvrant l'écrit personnel et fondateur de cet écrivain. Il transcende avec art une réalité qu'il habite.

L'histoire de Pi, Yann Martel




Pi nous fait découvrir l'Inde, le monde du zoo vu de l'intérieur - ce qui s'accompagne de réflexions fort intéressantes sur la liberté et le bien-être des animaux - et enfin, cerise sur le gâteau, une conception œcuménique de la religion puisque qu'il apprend à aimer le christianisme, la religion musulmane et le bouddhisme en même temps. Cette entrée en matière constitue déjà une belle lecture. S'ensuit l'histoire de sa survie sur un bateau de sauvetage qui passe par le domptage de Richard Parker, un tigre qui aurait dû voyager en cage jusqu'au Canada.

J 'ai été captivée par ce récit. 

Et pour ceux qui se lanceraient dans cette aventure, sachez que l'auteur vous réserve un ultime retournement ! Une question de forme… Je ne vous en dis pas plus… 

L'enfant et la rivière, Henri Bosco, Christian Biet

 Pascalet est à un moment de sa vie où il s'ouvre à la liberté malgré son jeune âge et la surveillance toute relative et bienveillante de sa Tante Martine. Grâce à lui, nous entrons dans l'univers enchanteur et inquiétant de la rivière à ciel ouvert.

Il rencontre Gatzo dans des conditions rocambolesques. Pour moi l'histoire n'est qu'un prétexte. ce récit est une tranche de vie. J'ai senti qu'il y a une ouverture vers des prolongations, mais la fin a clos ma lecture naturellement.

À lire pour la beauté de la langue !


Mohican, Eric Fottorino


Mohican se mérite. Le début est une escalade de combats contenus entre Brun, qui ne jure que par le progrès des engrais et des machines, et de Mô, son fils qui retourne vers une agriculture bio. La maladie de Brun ouvre un drame qui pourrait être une fin de l'histoire, mais l'auteur ne se contente pas de son incursion dans le monde rural. Car la terre, il nous l'a fait vibrer avec ses senteurs, ses textures, son âpreté, le travail qu'elle demande, l'abnégation qu'elle réclame. On pourrait croire à des longueurs inutiles ; on se rend compte qu'une fois ingurgité, son apport délivré par petites touches sur la société paysanne nous a nourris.  Cependant, après l'acmé, l'auteur nous invente un dénouement permettant de traverser un autre plan de sa culture qui balaye des domaines de savoirs aux antipodes les uns des autres.
J'ai appris que Éric Fottorino est journaliste. À travers ce roman, la transmission de faits est au sommet de son art, enluminée par une histoire qui nous rend ces personnages rudes attachants.

Suiza, Bénédicte Belpois


La soumission de Suiza issue des violences qu'elle a subies (dont on ne sait d'ailleurs pas grand chose, comme si elle représentait une allégorie de la violence sous toutes ses formes, en commençant par les violences sexuelles car elle a le tort d'être belle), cette soumission donc révolte tout autant que la violence innée de Tomas, forgée par un monde rustre et machiste d'un village perdu d'Espagne.

Et pourtant une beauté se dégage de ce texte, car la violence n'atteint plus Suiza, et que l'amour s'invite dans ce lieu désolé, dans ces cœurs tellement desséchés qu'on aurait pu penser que plus rien de bon ne pouvait advenir. 

Un livre dérangeant, mais fort aussi.

Tropique de la violence, Nathacha Appanah

Hymne à la compassion, non pas pour la très médiatisée Gaza de Palestine, mais pour Gaza, le méconnu quartier à la dérive de Mayotte, là où échouent des jeunes sans autre ressource que de s'oublier parfois dans la drogue et de se fourrer sous la protection de Bruce, qui règne avec une violence qui ferait pâlir le plus terrible des despotes.

Parce qu'il ne veux plus être "muzundu" (étranger), Moïse décide de rejoindre les plus défavorisés alors qu'il a été éduqué parmi les privilégiés, bénéficiant de la culture et du confort français. Un décision lourde de conséquences...

Un livre choral puissant qui met en garde contre l'indifférence vis à vis des laissés-pour-compte. 

La salle de bal, Anna Hope

Charles est un médecin attentionné : il joue de la musique à ses patients de l'asile. Malheureusement, il a besoin de se rassurer et il doit se sentir supérieur aux patients qu'il traite à coup de grandes théories. 

John, un des « aliénés », le déstabilise. Les travaux à l'extérieur, bien que pénibles semblent lui être bénéfiques. En réalité, c'est surtout les sentiments nés de sa rencontre avec Ella qui l'amène à se dépasser, et l'amitié d'un autre interné, Dan. 
L'auteure décrit une palette de sévices, plus ou moins conscients, toujours dégradants, qui s'abattent sur des malades mentaux, mais aussi des êtres humains qui ont simplement extériorisé une détresse, une colère ou qui ont eu à un moment donné le besoin de se mettre à l'écart de la société. Cependant, elle permet aussi à une belle histoire d'amour d'éclore au sein même de ce monde brutes.

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson

L'auteur se remet en cause au fil de ses déambulation dans les chemins écartés de France, ceux qui évitent les scintillements des villes et des technologies. Poète, il met en valeur des lieux au cœur de la nature, et même parfois des monuments historiques, admirés au cœur de cette zone vide, du moins en théorie.

Témoin cultivé, il instille son bagage littéraire dans l'émotion qu'il éprouve au contact de merveilles simples, celles qui sont offertes par la nature et le temps.

Finalement, il ne se passe rien dans ce court roman, mais tout est dit avec profondeur.

Les cerfs-volants, Romain Gary


Un pas de côté.
Pour vivre, surtout pendant la guerre, incompréhensible... pour vivre donc, il faut savoir raison garder et saupoudrer la réalité d'un brin de folie. Ludovic Fleury, élevé - dans tous les sens du terme - par son oncle, le facteur fabriquant de cerfs-volants aux effigies toujours renouvelées (dont un De Gaulle), traverse la guerre avec une forme d'optimisme et de courage insensés, et un amour indéfectible pour une femme fragile et altière, qui se cherche et se fourvoie.
Avec ce précieux décalage qui transforme parfois sa prose en poésie, Romain Gary nous entraîne dans une histoire qui mêle la destinée du restaurant trois étoiles de son ami Marcellin, à la Résistance française ou au combat des Justes.
Un savant dosage qui nous fait vivre une fabuleuse traversée dans cette France bouleversée par l'occupation allemande.

Les naufragés des Auckland, F.E. Raynal

XXième siècle

François-Edouard est un second persévérant : Bien que le Grafton - la goélette avec laquelle il devait explorer des îles de la Nouvelle-Zélande - ait échoué, il poursuit l'écriture de son journal de bord.
Pendant dix-huit mois, cinq rescapés survivent avec ténacité au gré des chasses aux lions de mer, qui constituent quasiment leur seul moyen de subsistance : on comprendra que cet animal soit un thème central de cette histoire épique !
Ces hommes vont aussi bâtir une maison, un foyer, avec des lits recouverts de mousse. Ils vont réussir à tanner des peaux, produire un savon, de l'huile pour s'éclairer. Ils instaurent aussi des règles sociales, qu'ils inscrivent sur la première page de leur bible et adoptent un couple de perroquets.
Enfin, la construction d'une forge leur permettra d'ériger une nouvelle embarcation pour rejoindre des côtes plus civilisées.

Dans un style très factuel, empreint de tournures légèrement emphatiques qui nous font côtoyer le charme du XIXème, siècle des explorateurs s'il en est, l'auteur nous embarque dans un récit captivant. La tension qui l'anime nous font revivre ses péripéties avec plaisir, tout en découvrant l'ingéniosité de ce brillant personnage.

Check-point, Jean-Christophe Rufin

Ce livre ne cherche ni à faire comprendre les enjeux de la guerre de Bosnie, ni à dresser un portrait de héros de l'humanitaire. Maud, femme assez forte pour conduire un camion qui se cabre sur les obstacles gris menant au cœur de combats fratricides, nous offrent aussi ses fragilités. Elle doit se plier aux instructions d'un responsable indécis et émotif qui se redresse néanmoins avec force face aux difficultés. Les trois autres protagonistes de l'aventure, un mécanicien et deux ex-militaires, cachent derrière des comportements délétères des questionnements déroutants : De quelle manière doit-on aider un peuple en détresse ?
L'écriture fluide de l'auteur nous entraîne dans une histoire émouvante, suffisamment complexe pour être authentique, pas trop huilée pour virer au thriller qui donne la solution à tout.  

La vie des elfes, Muriel Barbery

Entre les immensités douces ou déchaînées de la campagne et l'emporté d'un morceau de piano : deux fillettes aux liens étranges sont au cœur d'une tragédie. Leurs origines animales leur donnent le pouvoir de s'opposer à une obscure menace.
L'histoire aurait gagné à être plus explicite. On peine à comprendre ce qui se passe. Cependant le lyrisme de l'auteure, la poésie de ses textes, la qualité de son écriture enchantent, et l'univers de ce monde fantastique est frais et nouveau.

Le premier homme, Camus

manuscrit publié à titre posthume

Un texte autobiographique, brut, qui donne une image de la vie qui fourmille à Alger :

En accédant au lycée grâce à son instituteur monsieur Germain, Jacques s'éloigne de plus en plus des siens, une famille précaire française... d'une pauvreté culturelle presque étonnante. Le père a été tué à la guerre, la mère a laissé sa place à une imposante grand-mère qui calcule et organise.

Difficile de retrouver l'auteur de l'Etranger dans ces longues phrases, un peu empesé.
Mais l'on sent les prémices d'un roman poignant qui pourrait conduire à un récit originel comme le suggère le titre. On imagine bien là, le matériau d'un écrivain abouti, un texte riche en promesses.

La plus que vive, Christian Bobin


Ghislaine, la compagne de l'auteur, est morte.

Elle était insaisissable mais éclairait sa vie.

Et il le lui rend bien : Son livre est un patchwork amoureux qui, à travers des anecdotes disparates, déverse l'amour exacerbé du veuf.

L'auteur nous livre un texte dénué d'amertume et empreint d'une humanité poignante.
Finalement, grâce sa composition joyeuse et éthérée, Ghislaine est devenue un ange...

La plus que vive, Christian Bobin

Messages les plus consultés