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La tutrice, Nick Fuzo

L'auteur nous tient dans un carcan d'une tension oppressante dès que Manon pose le pied dans un manoir reculé, où elle prend ses fonctions de tutrice.

Ses compétences ne sont pas remises en cause et elle parvient rapidement à atteindre le cœur de ses élèves. Mais sa place est constamment remise en cause par une marâtre insidieuse et sournoise qui régente le domaine, tandis que le maître des lieux sombre dans la folie.

L'arrivée inopinée d'une arriviste hautaine et malsaine, Sybille, qui veut instaurer une emprise sur Adamaris, l'héritier, pousse l'angoisse à son paroxysme.

L'angoise, mais également la compréhension de ce qui se joue, partagée entre les protagonistes, est-elle la clef de ce lieu possédé par une forme de malédiction latente ?

L'auteur propose un retournement tout en demi-teinte d'un art littéraire épuré, à maturation.



Note : j'apprécie en particulier chez cet auteur, qui publie sous un autre pseudonyme, les romans plus intimistes, et la Tutrice met en valeur une plume qui n'a plus rien à prouver.

FOX TROT: Meurtre au Village

FOX TROT: Meurtre au Village, Jean Ducreux


Qui est Jean Devos ?

On pourrait penser à un certain Raymond et on retrouverait quelque chose du ton gouailleur de l'auteur. Mais ici, notre narrateur se révèle aussi à travers une intrigue villageoise avec ses volatiles, son garde-chasse et sa maréchaussée. Et ses touristes aussi, parfois exotiques.
Ce qui m'a marquée est le vide autour de ce personnage ambigu, même si l'on commence par une scène des plus familiales : un repas de Pâques avec frère, belle-sœur et neveux et nièces. Certes, une rencontre immédiatement fusionnelle agrémentera le quotidien du célibataire. Par ailleurs, la résolution du crime, le vrai – pas celui perpétré sur des animaux de ferme – occupera rapidement ses pensées, mises à mal par sa sensibilité exacerbée.
Mais un mystère plane. Qu'a-t-il fait de sa vie auparavant ?

Pour ceux qui connaissent l'auteur, des éléments autobiographiques se mêlent à l'avancée de cette enquête policière. Un récit étonnant, novateur, dans la lignée de ses romans.

Le Figuier des Engoulevents, Jean Ducreux


Constantin est à un tournant de sa vie, non pas - comme il le pensait - grâce à un renflouement opportun qui aurait pu apaiser quelque peu les tensions de son couple, mais du fait de l'apparition d'une nouvelle personne qui donne un étrange dénouement à la saga familiale de son enfance douloureuse. Attachée à sa fille, il va pourtant prendre des décisions radicales remettant en cause leur équilibre - certes précaire.

Si ce livre se démarque par une certaine simplicité par rapport aux autres romans de Jean Ducreux, il garde la précision et la richesse de cet auteur prolifique qui nous enchante avec de petites touches de vocabulaires peu usuels. J'ai apprécié de retrouver la distinction inégale de son style rythmé par son humour légendaire avec ce personnage qui se livre cependant avec beaucoup de naturel et d'authenticité. Les pensées de Constantin attirent quasi immanquablement le sourire tant elles sont en décalage avec la situation présentée, tout en se démarquant aussi par leur finesse.

De surcroît, l'intrigue offre une certaine complexité et s'enrichit au fil des pages de personnages secondaires, comme Zéphirine, autrefois au service de sa famille, ou Faustine, qui fascinait « l'adulescent » peu mature qu'il était. Reste cependant un pilier de sa vie adulte : Gabriel Dalili pied-noir et ami de longue date qui nous vaut quelques échanges francs et truculents, que l'on retrouve aussi lors d'affrontements contre son meilleur ennemi : Hadrien Fabrezan.

J'aurais aimé en savoir un peu plus sur le devenir des personnages avant de les quitter, mais j'ai été confondue par la fin désarçonnante, à l'image de l'auteur qui signe ici un roman chargé en émotions.

Un sacré moment de lecture !


Astro Ghost : Le fantôme de l'astroballe, Jean Ducreux

 

Astro Ghost, Ducreux
Si je plagiais les dialogues du film Amadeus, où l'empereur s'adressant à Mozart lui dit qu'il y a trop de notes dans sa musique, je dirais qu'il y a pléthore de personnages autour du Moineau. Ça piaille et ça surgit de tous les horizons. Ce monde cosmopolite nous entraîne dans une ronde insatiable où le tempo est donné par l'humour mi-figue mi-raisin de Nacho et on y retourne avec plaisir.

Dans ce tome trois, une fois n'est pas coutume, nous pénétrons dans un haut-lieu sportif où plane une menace mystérieuse, provoquant des dégâts dignes d'un film catastrophe. Du côté du couple, la situation se complique aussi, mais les scènes familiales sont toujours aussi réjouissantes.
Bref, un dernier (?) tome dans la même veine que les deux premiers, mais avec une dimension un peu plus ésotérique, et sensuelle parfois aussi.

Laissez-vous embarquer dans ce monde bouillonnant où l'humour côtoie les dénouements les plus inattendus !

Le moineau de Bellecour, tome 2 : Tirage gagnant, Jean Ducreux

Attention, accrochez-vous, cette fois-ci l'enquête de notre cher détective surnommé le Moineau explore une multitude de pistes, tout en s'interrogeant sur le commanditaire : une société de jeu dont il est difficile de déterminer qui tire les ficelles. S'ajoutent à cela les mystérieuses menaces d'un corbeau à un Moineau dépassé et inquiet pour sa famille. 

Mais rassurez-vous, les six enfants, Maca et le chien sont eux toujours en pleine forme, nous offrant quelques intermèdes rafraîchissants dans cette sombre histoire où certains protagonistes sont éliminés sans raison.
De sa plume acérée, l'auteur sait nous réjouir de traits d'humour bien placés en nous présentant une galerie de personnages apparemment sans liens, si ce n'est qu'ils ont tous gagnés le gros lot en même temps. Et nous redécouvrons la campagne lyonnaise ainsi que la capitale des Gaules sous un jour nouveau. 
Un style unique, imparable, que l'on retrouve avec délectation...

Le héros de la RD311, Jean Ducreux

Tad et Loubna s'intéressent à la même affaire, l'un en tant que policier, l'autre en tant que journaliste. Mais ils n'ont pas la même approche, Loubna étant sensible aux charmes d'un certain Luc Carvalet dont on sait qu'il a provoqué de sang froid la mort d'un homme. 

Sous couvert de dépeindre des personnages plutôt libres d'esprit, l'auteur s'attache à en cerner la complexité. L'enquête est menée par différents protagonistes et l'amour s'en mêle ou s'emmêle, au choix. Cependant, les relations amoureuses trouvent un équilibre entre infidélité, passion, déception, mais aussi respect de l'autre. L'auteur aborde de nombreux sujets, en particulier des thèmes interrogeant l'identité : la gémellité et les questions de genre. L'humour est son arme la plus déployée, mais on décèle une ouverture culturelle prononcée, notamment lors d'une narration au Maghreb.
Finalement, il montre une large palette de talents dans cette histoire qui dépasse le genre du polar.


Note : Jean Ducreux est un auteur ami chez qui j'ai lu de nombreux romans et avec qui j'ai partagé de belles rencontres littéraires.

Salsa picante, Jean Ducreux


Nacho et son épouse MaCa (Marie-Caroline) sont deux personnages extravagants et forment un couple détonnant. Lui, a trouvé un fond de commerce juteux dans les aventures extra-conjugales qu'il traque en temps que détective privé ; elle, porte haut sa particule dans leur quartier hyper-catholique d'Ainay. Mais l'interpellation de MaCa dans le cadre d'une enquête sur un meurtre dont la victime leur est connu bouleverse leur quotidien de famille nombreuse - sept enfants et un chien, excusez du peu (car oui, le chien est considéré comme un membre de leur famille...). 

Nacho va alors s'engager dans une enquête bien particulière, collaborant plus ou moins avec un commissaire plus fin qu'il n'y paraît, tout en tâchant de protéger son couple malgré des rebondissements pour le moins inattendus. 
Jean Ducreux nous entraîne dans les tribulations de ce détective privé qui nous livrent ses réflexions décalées et une sensibilité à peine cachée derrière un humour immuable. J'ai aimé suivre ce personnage croustillant, animé des sages devises de son grand-père canarien, qui nous transportent dans Lyon et ses environs - balade que j'ai particulièrement appréciée étant Lyonnaise moi-même.
Des références hispaniques donnent une coloration réjouissante au texte. Et l'intrigue est complexe à souhait avec des affreux de tous horizons qui gardent - parfois - un peu d'humanité et des héros ordinaires touchants avec des personnalités bien campés. 

Chapeau bas.

Pharaon 1923, Jean Ducreux

Des nonnes restituent jusqu'au moindre détail, et notamment avec toutes ses digressions, le récit de Keller, un Alsacien désargenté. Un professeur décédé lui a laissé une étrange injonction post mortem, à lui et à ses trois amis étudiants égyptologues, celle de retrouver un mystérieux vase. Avec la fougue de la jeunesse, trois d'entre eux s'embarquent pour l'Égypte, avec Rose, la fiancée de Charles et son chaperon. Nous plongeons dans l'univers du début du XXᵉ alors que l'Égypte est encore sous la domination britannique : l'auteur nous immerge dans une époque.
Avec une verve incomparable, le narrateur nous relate les tribulations d'abord bon enfant de ces jeunes gens, puis nous entraîne dans une spirale cauchemardesque. Du fond de leurs tombes pyramidales, les pharaons n'en ont pas fini de nous effrayer avec leurs traditions qui règlent sans états d'âme les détails macabres de leur passage à la mort.
L'auteur réussit le pari de nous divertir tout en nous faisant bénéficier de ses talents et connaissances tant littéraires qu'historiques.

Note : Jean est pour moi un partenaire de la première heure et son style, d'une précision redoutable et d'une drôlerie inégalable, correspond bien à la personne remarquée que vous ne pouvez pas manquer dans les salons où il se produit.
Pharaon, possiblement moins lu que ses séries, un de ses premiers romans, gagne à être connu et figure parmi les romans que j'ai préférés chez lui.

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