Quand bascule-t-on du côté obscur, là où plus rien ne compte que son propre
intérêt, en manipulant les autres pour qu'ils endossent les défaillances,
les failles de systèmes protégeant avant tout le pouvoir d'une minorité bien
pensante ?
Kamel, lui, veut sauver celui que tout accuse, sur une intuition. Peut-être
aussi pour retrouver quelque chose de ses racines. Car il est originaire
d'Afrique de l'Ouest, ce que semble avoir oublié sa fille Daphné, qui s'est
laissé séduire par une arriviste haut placée dans le gouvernement
momentanément en exil : la France est en pleine guerre civile.
En grossissant le trait de tendances délétères qui pourraient créer un
grave chaos dans la gouvernance de la France (la conduisant dans une forme
d'anarchie permettant que trois factions ennemies au moins ! se partagent le
territoire), l'auteur nous plonge dans une anticipation angoissante. Si, pour
moi, son point de vue n'a rien de prophétique, il éclaire des événements
politiques qui pourraient devenir dangereux si personne n'y mettait le
holà.
Et le héros est touchant dans ses hésitations entre sa sécurité et son
engagement pour ce en quoi il croit, encore. Il est aussi un père aimant
sans être idéal, et qui ne s'en laisse pas conter non plus. Son périple nous
offre une sorte de road trip dans un pays revisité qui sombre sans que le
monde ne s'en émeuve beaucoup, interrogeant par là même notre rayonnement et notre capacité à rester un peuple uni.
J'ai aimé ce récit qui croit encore que la bonne volonté d'une poignée de
personnes animées par des valeurs simples et altruistes peut faire basculer
les choses, tout en ne se berçant pas d'illusions sur la capacité de
certains à profiter de la situation...
Ce livre, je l'ai choisi dans le cadre de l'écriture de À la hauteur un roman post-cataclysme qui réinvente une façon de vivre ensemble. Le point commun est l'échec de la récupération politique quand elle n'est pas guidée par le cœur. Une utopie ? Moi, je veux y croire et j'y croirai encore.
