C'est une expérience nouvelle pour moi de découvrir la force d'un écrit
par l'analyse que l'on peut en faire. Et ici cette étude sur
Claire de Duras détaille ses axes de travail, de multiples exemples et
références. Nous côtoyons Stendhal ou Charles de Foucauld, par exemple.
Nous découvrons combien il était difficile pour une femme
postrévolutionnaire d'être écrivaine, fût-elle lettrée, et d'un
certain rang encore honoré par la restauration éphémère du pouvoir nobiliaire.
D'autant plus que l'autrice s'engage sur des chemins tout à fait modernes pour
son époque. Cependant, contrairement à ce qu'elle aurait pu espérer, elle
constate que la révolution n'a pas permis aux diverses strates de s'effacer et
emprisonne toujours ceux qui sont différents dans des carcans. Il s'agit ici
d'une noire, d'un roturier et d'un homme impuissant à honorer son mariage.
Chacun de ces personnages vit un amour authentique qu'il ne peut réaliser et
l'autrice montre comment, pour ces êtres extra-ordinaires, la
solitude est la seule façon de conserver un tant soit peu sa dignité.
J'ai aimé découvrir à travers cette analyse la force de ses
amours empêchées et l'ultime porte de sortie, même si elle
est éminemment tragique.
Personnellement, je ne suis pas allée aussi loin que cette autrice
précurseure.
Dans mes livres, l'amour est une clé pour avancer, une force, et se construit
dans la durée, même si ce pilier n'est pas le thème central. Pas d'amours
tragiques non plus. La plus belle romance est possiblement celle qui se
construit autour de Stella, une jeune handicapée, entre l'ingénieur intrépide
et torturé, et la belle moldave à la main de fer, dans Ciao bella. J'aime également les histoires d'amour de mes autres romans, qui se
construisent dans la différence.
Cela dit, cet ouvrage m'a marquée et il me plairait d'explorer la voie de
l'amour sans issue autre que l'exil (réel ou métaphorique), d'autant plus que
pour mon prochain roman : Les bancs de la place publique, je mets un
pied dans l'univers de la tragédie.