C'est ce que cherche l'auteur, non pas pour rejouer le procès qui a condamné
Saïd à la prison pour avoir percuté sa mère en vélo, ce dans l'élan d'une «
roue arrière ». Cette figure d'un style douteux devait couronner un acte d'une
audace insensée et répréhensible, pour le plaisir et la gloire futile d'un
jeune représentatif de la fameuse « racaille ». Et cette inconséquence a tué une femme douce et ouverte d'esprit.
Lui, le journaliste élevé dans les principes d'une humanité à toute épreuve,
il n'y croit pas, à la tendance qui consiste à faire entrer cette engeance
dans un stéréotype pour mieux la broyer. Malgré la douleur indicible d'un
deuil qui perdure, il établit avec une incroyable bienveillance la chronologie
qui a amené à ce fracassement inhumain : il compare la constitution d'une
famille banale accouchant de celui qui pourrait être qualifié de monstre à ce
qui a amené sa propre famille à croiser le chemin de cet incontestable
coupable, de surcroît peu repenti.
Et ce faisant, il mène une enquête qui n'a
pas vocation à exterminer une vermine, mais plutôt à l'appréhender, dans le
sens philosophique du terme, voire à appréhender la réalité du dérapage
incontrôlé de ces endurcis sans prise sur leurs existences.
Edifiant !
Dans le genre roman non-fiction, sur le thème de la compréhension de parcours de migrants, je citerais Mohammad, ma mère et moi de Benoît Cohen, où il est question d'un Afghan qui peine à s'intégrer malgré sa bonne volonté.
De mon côté, Ciao Bella (sous-titré La vie l'emportera) devait parler d'un drame personnel. Il s'intitulait à l'origine : Dans trois ans, ma mère s'est tué. Le thème du survivant y est bien développé, mais Benjamin, personnage aux multiples ressources, a également affronté un autre combat : celui d'assumer sa responsabilité professionnelle, malgré ses déboires.
