L'écofiction et ses inspirations scientifiques

La fiction comme anticipation du monde de demain

 Pour se lancer dans un roman d'écofiction, l'écrivain recourt bien souvent à une documentation multidisciplinaire. Pour À la hauteur, j'ai interrogé des professeurs en géologie, des experts en biotechnologie, sans oublier les scientifiques de mon entourage capables de m'éclairer en astronomie. L'idée était une montée des eaux de cinq cents mètres, postulat difficile à assumer.

La liste des sciences dites « dures » ou « humaines » utiles à ces récits qui mettent en musique notre besoin d'explorer notre lien à la nature serait longue. Ici quelques domaines de connaissances fascinants qui pourraient nourrir de telles fictions :

La géodynamique ou la climatologie pour agir sur les lieux de l'action

Pour pousser le héros dans ses retranchements, rien de tel qu'un glissement de terrain ou autre séisme capable de transformer la topographie. Dans mon roman, la géodynamique (qui s'intéresse au mouvements de l'écorce terrestre) est la spécialité d'Aristide, le scientifique, qui finalement fait appel à ses connaissances en matière d'astronomie pour trouver une explication à une montée des eaux hors du commun. Peut-être lui aurait-il fallu des connaissances plus approfondies en climatologie (étude des variations du climat sur le long terme) pour évaluer la normalité des pluies torrentielles qui se sont produites avant l'évènement. 

L'éthologie, étude du comportement animal (sauvage ou domestique)

J'ai aimé, dans les années 90, ma lecture de Les Fourmis de Bernard Werber. L'écofiction est un roman qui s'intéresse à notre environnement (éco vient de « oikos » en grec, la maison ou l'habitat) et qui intègre le vivant au sens large. L'éthologie est un exemple de science que j'aimerais explorer pour embarquer un récit avec, en arrière-plan, une portée écologique, tout en étudiant de plus près ce qui nous rapproche de certaines espèces. Un de mes fils a étudié la migration du gravelot à collier interrompu, un oiseau nichant sur les plages bretonnes : voilà un exemple d'étude à visée écologique. Je ne serais pas étonnée qu'un écrivain y voie une inspiration romanesque.

La géopolitique : science humaine pour étudier les effets des crises environnementales dans nos sociétés 

Imaginez un changement majeur dans votre lieu de vie. Il n'en reste pas moins que vous devrez composer avec vos contemporains, que ce soit pour les ressources vitales (eau, nourriture) ou pour les accès aux moyens de communication ou de transport. Il faudra également, pour permettre un lien social viable, remettre en place des institutions, afin de garantir la justice et la prise de décisions politiques. Même affaiblis, les pouvoirs rescapés de votre catastrophe demeurent. Et s'ils ont disparu, ce sera avec les souvenirs de ce qui était que les coopérations entre humains s'établiront. Les références en géopolitique actuelle seront le fondement de la société fictionnelle qui s'adapterait à la nouvelle donne.


Ces exemples sont, vous vous en doutez, non exhaustifs. 

Imaginer de nouveaux équilibres

À la hauteur, Mélinda Schilge

Dans mon roman À la hauteur, les inspirations romanesques ont pris le pas sur les extrapolations scientifiques. Cependant, ce sont bien les recherches et les documentations établies en amont du roman qui ont permis d'offrir une base cohérente à mon histoire. 

Si le passage par les sciences me paraît incontournable, le moteur du roman reste l'imagination. Et je reste persuadée que cette imagination approche également, à sa façon, les réalités que nous avons ou aurons à affronter : le monde de demain est aussi anticipé grâce aux fictions.

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