Extrait : À la hauteur

 Mathilde est chargée d'emmener Alex à ses grand-parents et elle est touchée par la vivacité de la fillette, même si cette dernière attise aussi sa mélancolie.

Extrait :

— Mon papa dit que je suis une princesse !

Je reste muette. Impossible de lui rétorquer que, moi, il me disait que j'étais une traînée.

— Mathilde, ça va ? s’inquiète la petite.

Non, ça ne va pas. Elle, elle ne verra plus ses parents. Et moi, si ça se trouve, je n'ai plus que cet homme qui m'a élevée dans le doute de moi… Heureusement, Alex me tire vers un espace dans lequel des sapins inoffensifs ont survécu à la razzia de Noël. Et tandis qu’elle s’éparpille entre les rangées restantes, je m’avance vers le lac qui se repose dans le fond.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Dans le bar pour lequel j’ai travaillé, un recueil de poèmes traînait dans un coin. Lamartine. (Je l’ai troqué contre mon Thilliez, en souriant du choc qui se produirait lorsqu’un type du coin – comme l’affreux de la fête de Michel – s’aventurerait à le lire.) J’étais loin de penser que c’est moi qui serais happée par l’œuvre d’un poète qui a choisi de s’installer dans un désert végétal… quand ce n’est pas d’inquiétantes forêts feuillues. Et là, je songe avec mélancolie à Sylvain. Je regrette les balades romantiques dont il a le secret ! Dommage que je ne les aie pas appréciées à leur juste valeur. À ma décharge, il semblait justement apprécier, lui, que je contienne mes émotions devant ces élans... très imaginatifs. Quelles parties de rire finalement. Avec lui, moi aussi, j'étais une princesse d’un autre monde ! Il déjouait tous les maléfices. Malgré moi.  

Extrait de À la hauteur























Le lac d'Annecy, Cézanne

Psy, jeûne et randonnée, Fanny Gayral


 Angela, médecin généraliste, a un sentiment de grande solitude quand elle doit imposer son absence à sa mère dépressive, pour cause de stage — non pas de thalassothérapie comme cette dernière le croit — mais de jeûne, une aberration à laquelle ses collègues l'obligent ! Ayant du temps disponible maintenant, elle s'octroie un temps de lecture : le récit du parcours d'une jeune femme qui explore son lien à sa mère. Étrangement, cette introspection résonne avec ses questionnements et pourrait bien lui apporter l'aide dont elle a besoin. Pourtant, Cécile (la jeune femme qui entre en psychothérapie) partage une expérience d'une mère envahissante à la limite de la maltraitance. 

L'auteure parvient à introduire une mise en abyme qui créent des correspondances, voire des ponts entre ces expériences. Pour Angela, de façon inattendue, ce moment de pause l'amène à faire des choix fondateurs dans bien des domaines de sa vie finalement.

Une lecture étonnante et qui ouvre à la réflexion.
Je recommande !

Bautzen Palaces

 

Bautzen Palaces par Laurent Maillard
Les éditions Et le bruit des talons m'ont évoqué Almodovar, mais, ici, la couleur est résolument noire et la verve d'Aurélie, la tueuse en cavale alias Marlène, ne faiblit pas. Son équipement et son entrainement offrent des scènes d'actions musclées : elle dégaine plus vite que son ombre, sans que l'on sache vraiment d'où elle vient. Et elle ne fraye avec personne. Tout au plus, elle règle des problèmes avec efficacité. 

L'auteur s'autorise quelques nuances  sur la fin : le personnage s'attendrit dans ses moments d'égarement, tout en restant sur ses réserves tout de même, et rencontre enfin des protagonistes de ces faits divers sordides qui se jouent dans un décor d'épouvante.
Tout indiqué pour les amateurs d'action et de roman noir.

Extrait - À la hauteur


 Mathilde, après avoir survécu isolée sur une île suite à la montée des eaux, trouve refuge auprès de Michel. Cette scène se déroule lors d'une fête, un rare moment de détente dans ce monde bouleversé. Ce passage propose le retour des cabines téléphoniques comme avancée écologique.


 Extrait

Michel se lance dans un humour maladroit qui achève de détendre l’atmosphère déjà propice. Alors, je l'entraîne dans une danse qui aurait mis en transe le plus geek des informaticiens. Quand nous reprenons notre souffle, il me propose d’aller faire un tour. Lorsque nous contournons la maison, je suis un peu étonnée. Mais je comprends soudain : nous allons en direction de la cabine téléphonique. Afin de diminuer le risque lié aux radiations électromagnétiques, les écologistes les ont fait fleurir de nouveau un peu partout ces dernières années. « Rétros à souhait », disait Sylvain en parlant de ces cabines issues du passé.

Extrait - Tous les matins, elle boitait


Ce passage fait écho à la manipulation de Franco, et Jeanne découvre que son oncle cherche des coupables de substitution pour ne pas voir (ou masquer ?) la montée des totalitarismes. 

Extrait :

Je songeais déjà à m’échapper quand le café fut servi. On apporta des cigares aux hommes.

À côté de moi, ma mère installa une cigarette sur son porte-cigarettes ce qui entraîna la moue courroucée d’une femme aux lèvres déjà pincées. L’assemblée était tellement calme que mon autre voisine souligna que l’on entendait ici le bruissement de la nature. Malheureusement, Théodore, qui tâchait de masquer son état d’ébriété par des traits d’esprit, avança alors :

— Et dire qu’à quelques milliers de kilomètres d’ici, un village basque a été bombardé...

Peut-être eût-il mieux valu qu’il s’en tînt lui aussi à des considérations champêtres, plutôt que d’évoquer la tragédie de Guernica.

— Il y a une autre version.

Eugène affirma cela d’une voix basse, presque éteinte. Une sorte de colère perçait, sa voix avait perdu de sa grandiloquence : elle était sèche et son regard acéré.

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