Harmonie 83, Aurélie Louguet

 

Harmonie 83

Lou vit dans les années 2080, à un moment où la préservation de la volonté générale prévaut sur la démocratie. Ainsi les systèmes numériques, pour ne pas dire intelligence artificielle, décident d'affecter chacun à un cursus en ne lui donnant que peu de possibilités de choix, tout ceci pour permettre un fonctionnement optimal de la société.
Mais pour la jeune fille qui veut un retour des libertés et qui subit l'affront terrible de se découvrir un frère criminel, l'avenir paraît sans espoir. Cependant, au fil d'un journal de bord tenu par un ami disparu, Lou va comprendre que beaucoup de choses lui ont échappé et qu'il n'est peut-être pas trop tard pour avancer.
Cette anticipation surfe sur la vague d'une administration infiltrée par un système numérique, comme le fait le craindre l'utilisation professionnelle de l'IA d'aujourd'hui.
Le livre est court, la jeune fille est attachante même si j'aurais aimé découvrir un peu plus son quotidien. Il permet de se poser des questions sur notre monde actuel. En particulier sur les effets d'un système « intelligent » pour régir l'affectation de chacun.

J'ai  aimé l'idée que la volonté générale puisse être la justification de la mise en place d'un tel système.
Un pivot bien choisi pour mener une réflexion sur des politiques d'avenir.


Note :
Je suis admirative de ces livres d'anticipation qui bâtissent une façon de fonctionner complètement nouvelle. Dans ma bibliographie, vous pouvez découvrir des dronavenues dans Ciao bella, promettant des livraisons facilitées dans les grandes villes et, dans À la hauteur, je m'interroge sur le possible fonctionnement d'une confédération des maires, après la disparition de la plupart des grandes villes. Mais les cartes ne sont pas totalement rebattues. Je reste à la lisière entre l'anticipation et le roman contemporain.


Un conte doit-il forcément faire peur ? Entre frissons d'antan et douceur de l'imaginaire

Contes : le choix de la douceur ou de la peur


Imaginez une bête assoiffée de sang qui déchire la chair pour mieux s'immiscer et qui agit dans tout votre corps jusqu'à ce que mort s'ensuive, ou presque. Pire: trois de ces monstres qui additionnent leur appétit féroce. Vous vous réveillez, soulagé.e mais tendu.e : ces affreux ne sont que les rejetons d'un cauchemar.
Est-ce qu'un conte oserait mettre en scène un bestiaire si atroce ?
En y repensant, cette terreur nocturne pourrait bien valoir celle suscitée par le grand méchant loup des contes d'antan (en 1697, pour le Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, suivi d'une nouvelle version plus d'un siècle plus tard par les Grimm).
Est-ce que la peur est nécessaire pour qu'un conte ait une valeur éducative pour les enfants et permet-elle de mieux faire face à la nuit ou tout autre séparation ? Difficile à trancher, pour les auteurs, comme pour les parents.

Le pari de la douceur 

En décembre dernier, juste avant Noël, j'ai publié un livret de contes pour enfants et ils ont une particularité : ils stimulent l'imaginaire en s'en remettant aux éléments comme la Lune, le Soleil et le nuage, plutôt que d'affronter un « méchant ». Je les ai écrits à l'origine pour mes enfants, inspirée par des illustrations prolifiques des livres enfantins, comme celles de Claude Ponti, par exemple.
Contes pour mes enfants et les vôtres
Certains parents se demanderont peut-être : l'aventure n'est-elle pas plus valorisante si l'enfant triomphe d'un antagoniste ? Les enfants, avant de s'endormir, ont-ils besoin de ce frisson pour mieux s'apaiser ensuite et s'endormir ?
Cependant, pour les insomniaques anxieux (petits et grands), on préconise souvent des histoires qui emmènent loin, en s'appuyant sur des paysages de rêve. Alors, pour mes contes, je tire le lecteur vers des éléments lointains, avec douceur.

La collision, Paul Gasnier

 


Comprendre.
C'est ce que cherche l'auteur, non pas pour rejouer le procès qui a condamné Saïd à la prison pour avoir percuté sa mère en vélo, ce dans l'élan d'une « roue arrière ». Cette figure d'un style douteux devait couronner un acte d'une audace insensée et répréhensible, pour le plaisir et la gloire futile d'un élément représentatif de la fameuse « racaille ». Et elle a tué une femme douce et ouverte d'esprit.
Lui, le journaliste élevé dans les principes d'une humanité à toute épreuve, il n'y croit pas, à la tendance qui consiste à faire entrer cette engeance dans un stéréotype pour mieux la broyer. Malgré la douleur indicible d'un deuil qui perdure, il établit avec une incroyable bienveillance la chronologie qui a amené à ce fracassement inhumain : il compare la constitution d'une famille banale accouchant de celui qui pourrait être qualifié de monstre à ce qui a amené sa propre famille à croiser le chemin de cet incontestable coupable, de surcroît peu repenti. 
Et ce faisant, il mène une enquête qui n'a pas vocation à exterminer une vermine, mais plutôt à l'appréhender, dans le sens philosophique du terme, voire à appréhender la réalité du dérapage incontrôlé de ces endurcis sans prise sur leurs existences.

Edifiant !

La bonne mère, Mathilda Di Matteo

Un livre qui commence sur les chapeaux de roues en misant sur le langage populaire et fleuri de Marseille opposé à l'esprit guindé parisien.

La bonne mère
Les chapitres s'enchaînent : mère, puis fille, autour de leurs déconvenues. Progressivement, ces femmes expriment à la fois leur défiance et, pour Clara surtout, la force du sentiment amoureux. 
J'ai bien compris la honte éprouvée par Clara vis-à-vis de sa mère et je me suis divertie des sorties tonitruantes de Véro. Difficile pour moi cependant de voir la bonne mère dans ce personnage décalé et extraverti. Difficile également de comprendre le double jeu du Parisien soi-disant amoureux qui n'assume pas avoir transgressé la règle de l'abstinence de son milieu.

Les premiers chapitres sont réjouissants et tardent à en venir au vif du sujet. On découvre alors des relations toxiques entre violence masculine et femmes permissives. Et le manque ensuite chez Clara, malgré elle, après une séparation qui reste douloureuse.
De chapitres simplistes dont la caricature entretient un humour grinçant, survolté, on vire à une complexité désarmante où la victime, principalement Clara, mais également Véro, ne parvient pas à s'extirper tout à fait d'une vie de couple inaboutie et surtout invivable.

Les nationalités : identités immuables ou costumes interchangeables ?

Exploration de la notion de nationalité à travers un roman entre Paris et Alsace au XXe

Dans quelle mesure la nationalité de son passeport définit-elle l’identité d’un individu ? Dans mon roman Tous les matins elle boitait, je plonge au cœur d’une zone grise de l’Histoire : celle de l’Alsace du XXe siècle, où les frontières ont bougé plus vite que les cœurs, redéfinissant sans cesse ce que signifie « être de » tel pays.


La notion de nationalité dans une Alsace malmenée par les changements de frontière

Pour comprendre la complexité alsacienne, il faut imaginer des familles ayant changé quatre fois de nationalité en moins de 75 ans. Ce basculement entre la France et l’Allemagne a créé une identité hybride et instable, baignée par une langue (l'Alsacien) proche de l’allemand et une culture à cheval entre les deux cultures françaises et allemandes.


Dans le récit, le trouble est palpable. Si les Alsaciens affectionnent leurs racines françaises, une méfiance s'est installée vis-à-vis d’un État français, parfois perçu comme lointain ou rigide. À l'inverse, après des décennies sous administration allemande, ils ne peuvent pas renier des années de vie dans le giron allemand d'un simple trait de plume sur un traité de paix. Certains se sont même mariés avec des Allemands d'Outre-Rhin.

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