Mathilde est chargée d'emmener Alex à ses grand-parents et elle est touchée par la vivacité de la fillette, même si cette dernière attise aussi sa mélancolie.
Extrait :
— Mon papa dit
que je suis une princesse !
Je reste muette.
Impossible de lui rétorquer que, moi, il me disait que j'étais une traînée.
— Mathilde, ça va ?
s’inquiète la petite.
Non, ça ne va pas. Elle, elle ne verra plus ses
parents. Et moi, si ça se trouve, je n'ai plus que cet
homme qui m'a élevée dans le doute de moi… Heureusement, Alex me tire vers
un espace dans lequel des sapins inoffensifs ont survécu à la razzia de Noël.
Et tandis qu’elle s’éparpille entre les rangées restantes, je m’avance vers le
lac qui se repose dans le fond.
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Tes flots harmonieux.
Dans le bar pour lequel j’ai travaillé, un recueil de poèmes traînait dans un coin. Lamartine. (Je l’ai troqué contre mon Thilliez, en souriant du choc qui se produirait lorsqu’un type du coin – comme l’affreux de la fête de Michel – s’aventurerait à le lire.) J’étais loin de penser que c’est moi qui serais happée par l’œuvre d’un poète qui a choisi de s’installer dans un désert végétal… quand ce n’est pas d’inquiétantes forêts feuillues. Et là, je songe avec mélancolie à Sylvain. Je regrette les balades romantiques dont il a le secret ! Dommage que je ne les aie pas appréciées à leur juste valeur. À ma décharge, il semblait justement apprécier, lui, que je contienne mes émotions devant ces élans... très imaginatifs. Quelles parties de rire finalement. Avec lui, moi aussi, j'étais une princesse d’un autre monde ! Il déjouait tous les maléfices. Malgré moi.
Le lac d'Annecy, Cézanne