Jacques Cœur, connu pour sa fortune et son influence, nous livre ce qui a donné sens à sa vie : l'amour sous les traits de sa femme légitime, Macé, et son amante presque platonique, Agnès, la favorite du roi.
Macé puise dans leurs richesses pour mettre en scène sa piété et asseoir leurs enfants à de nobles fonctions ; elle oublie volontiers les absences de son mari. Agnès lui apporte la douceur dont il a besoin.
Du fond du Moyen Âge, après l'exploit de Jeanne d'Arc, Jacques est aussi fidèle au roi, malgré lui. Malgré les bassesses qui le caractérisent. Il s’emploie à le conseiller et à remplir ses caisses. Pourtant c'est de cet illustre personnage que la déchéance viendra, aussi rapidement et aussi puissamment que la renommée qu'il a obtenue grâce à son poste inespéré d'argentier.
L'auteur nous entraîne dans un tourbillon de tractations à travers la France, mais également auprès de ses partenaires, en Italie notamment, en Orient aussi. Nous croisons le Pape et les gens de peu. Nous vivons au cœur des motivations du Moyen Âge. Un magnifique voyage.
Notes : j'admire les auteurs qui remontent si loin dans le passé. Je sais combien le travail historique doit être minutieux pour que le récit soit crédible. Et de mon côté, je ne suis remontée « que » jusqu'au" XIXe siècle dans Tous les matins, elle boitait.
Ici le personnage de Jacques Cœur résonne en moi de façon particulière quand je le rapporte à mon dernier écrit où l'héroïne creuse sa propre solitude en se consacrant avec démesure à sa propre entreprise, dirigée depuis peu par un manager charismatique mais égoïste. S'il évolue dans un monde de seigneurs et de rois, Jacques Cœur porte pour moi une certaine modernité. Il est de ces figures intemporelles qui prennent des risques avant de faire l'amer apprentissage de la chute, tout en l'affrontant avec courage.