Le quartier des ombres, Fiji

 J'ai été intriguée d'emblée par Gaëtan, un personnage arrivé au bout de sa vie, drogué de médicaments, insensibilisé donc. C'est bien malgré lui qu'il s'inquiète de sa voisine et de son fils : brutalisés par un mari et père archétype de la violence aveugle et injuste, ils deviennent l'aiguillon qui permettra à cet homme amorphe d'agir. 

Le quartier des ombres, FIJI

Puis c'est la cité qui m'a happée, en particulier du fait que je m'emploie à connaître et à aimer le quartier de la Duchère à Lyon (qui connaît quelques tours qui valent bien celles de la cité décrite ici) empêché par quelques fauteurs de trouble. Ici également, nous sommes dans une ambiance aussi chaleureuse que délétère, pour ceux qui se laisseraient prendre dans les filets tendus dans l'ombre de la pauvreté.

Lors d'une première tentative, l'absence de chapitre (remplacée par une succession de scénettes dynamiques qui s'affranchissent de grandes descriptions ou de re-situation systématique des personnages) ainsi qu'une galerie de personnages nombreux m'a désarçonnée. Mais il est des livres têtus qui révèlent toute leur portée à la faveur d'une seconde chance. Et je suis alors entrée dans l'histoire comme on découvre un lieu en s'y immergeant. Amia, la victime, est le pilier qui nous amène à Fatima et à ses fils : Yanis et Amir, qui sont en passe de mal tourner. La gentillesse spontanée et volontaire de ces deux femmes illustre la solidarité innée qui porte à bout de bras ce microcosme vibrant et truculent. L'utilisation de langages multiples enrichit encore le tableau.

De l'autre côté, deux policiers et David, un avocat qui veut bien faire, se font prendre par la complexité des enjeux de ce monde empreint également de tradition et de silences obstinés.

Enfin, Noûr, figure de ces jeunes issus de l'immigration qui s'en sortent grâce à une opiniâtreté hors du commun, donne une raison d'avancer coûte que coûte. Avec les moyens du bord. Pas toujours blancs. Ni noirs. Combatifs.

Bref, Le quartier des ombres est un de ces romans qu'on apprivoise, qui offre une lecture humaine et savoureuse et qui confirme le talent de son auteur à incarner des personnages vibrants.


Note : Fiji est un auteur ami avec qui j'ai échangé des (re)lectures de part et d'autre de nos travaux. Pour moi, la découverte de ce roman intervient en parallèle du lancement en cours de Les bancs de la place publique, où l'un des personnages, Ehsan habite le quartier cosmopolite de la « Duch' ». Manque dans mon roman (qui se focalise sur une place en contrebas d'un autre quartier) la solidarité si bien décrite dans Le quartier des ombres, dont je pourrais témoigner bien facilement, ayant moi-même rencontré de belles personnes « issues de la diversité », si attachantes, au cœur même de ces cités mises au ban de la société.



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