La collision, Paul Gasnier

 


Comprendre.
C'est ce que cherche l'auteur, non pas pour rejouer le procès qui a condamné Saïd à la prison pour avoir percuté sa mère en vélo, ce dans l'élan d'une « roue arrière ». Cette figure d'un style douteux devait couronner un acte d'une audace insensée et répréhensible, pour le plaisir et la gloire futile d'un jeune représentatif de la fameuse « racaille ». Et cette inconséquence a tué une femme douce et ouverte d'esprit.
Lui, le journaliste élevé dans les principes d'une humanité à toute épreuve, il n'y croit pas, à la tendance qui consiste à faire entrer cette engeance dans un stéréotype pour mieux la broyer. Malgré la douleur indicible d'un deuil qui perdure, il établit avec une incroyable bienveillance la chronologie qui a amené à ce fracassement inhumain : il compare la constitution d'une famille banale accouchant de celui qui pourrait être qualifié de monstre à ce qui a amené sa propre famille à croiser le chemin de cet incontestable coupable, de surcroît peu repenti. 
Et ce faisant, il mène une enquête qui n'a pas vocation à exterminer une vermine, mais plutôt à l'appréhender, dans le sens philosophique du terme, voire à appréhender la réalité du dérapage incontrôlé de ces endurcis sans prise sur leurs existences.

Edifiant !


Dans le genre roman non-fiction, sur le thème de la compréhension de parcours de migrants, je citerais Mohammad, ma mère et moi de Benoît Cohen, où il est question d'un Afghan qui peine à s'intégrer malgré sa bonne volonté.


De mon côté, Ciao Bella (sous-titré La vie l'emportera) devait parler d'un drame personnel. Il s'intitulait à l'origine : Dans trois ans, ma mère s'est tué. Le thème du survivant y est bien développé, mais Benjamin, personnage aux multiples ressources, a également affronté un autre combat : celui d'assumer sa responsabilité professionnelle, malgré ses déboires.

La bonne mère, Mathilda Di Matteo

Un livre qui commence sur les chapeaux de roues en misant sur le langage populaire et fleuri de Marseille opposé à l'esprit guindé parisien.

La bonne mère
Les chapitres s'enchaînent : mère, puis fille, autour de leurs déconvenues. Progressivement, ces femmes expriment à la fois leur défiance et, pour Clara surtout, la force du sentiment amoureux
J'ai bien compris la honte éprouvée par Clara vis-à-vis de sa mère et je me suis divertie des sorties tonitruantes de Véro. Difficile pour moi cependant de voir la bonne mère dans ce personnage décalé et extraverti. Difficile également de comprendre le double jeu de Raphaël, le Parisien soi-disant amoureux qui n'assume pas avoir transgressé la règle de l'abstinence de son milieu.

Les premiers chapitres sont réjouissants et tardent à en venir au vif du sujet. On découvre alors des relations toxiques entre violence masculine et femmes presque permissives. Et le manque ensuite chez Clara, malgré elle, après une séparation qui reste douloureuse.
De chapitres simplistes dont la caricature entretient un humour grinçant, survolté, on vire à une complexité désarmante où la victime, principalement Clara, mais également Véro, ne parvient pas à s'extirper tout à fait de leurs vies  de couple inabouties et surtout invivables.



Dans ma bibliographie, pas de passion telle que celle de Clara, cependant dans À la hauteur, Mathilde est elle aussi prisonnière d'une relation compliquée avec son père, à qui elle ressemble et dont elle veut se détacher. Et ce détachement lui ouvre à elle la possibilité de s'épanouir dans une relation amoureuse, au contraire de Clara.

Les nationalités : identités immuables ou costumes interchangeables ?

Exploration de la notion de nationalité à travers un roman entre Paris et Alsace au XXe

Dans quelle mesure la nationalité de son passeport définit-elle l’identité d’un individu ? Dans mon roman Tous les matins elle boitait, je plonge au cœur d’une zone grise de l’Histoire : celle de l’Alsace du XXe siècle, où les frontières ont bougé plus vite que les cœurs, redéfinissant sans cesse ce que signifie « être de » tel pays.


La notion de nationalité dans une Alsace malmenée par les changements de frontière

Pour comprendre la complexité alsacienne, il faut imaginer des familles ayant changé quatre fois de nationalité en moins de 75 ans. Ce basculement entre la France et l’Allemagne a créé une identité hybride et instable, baignée par une langue (l'Alsacien) proche de l’allemand et une culture à cheval entre les deux cultures françaises et allemandes.


Dans le récit, le trouble est palpable. Si les Alsaciens affectionnent leurs racines françaises, une méfiance s'est installée vis-à-vis d’un État français, parfois perçu comme lointain ou rigide. À l'inverse, après des décennies sous administration allemande, ils ne peuvent pas renier des années de vie dans le giron allemand d'un simple trait de plume sur un traité de paix. Certains se sont même mariés avec des Allemands d'Outre-Rhin.

Blizzard, Marie Vingtras

 

Nous sommes à un bout du monde, au fin fond de l'Alaska, sans secours possible et le blizzard se lève. Un enfant qui se perd et c'est l'occasion, devant l'horreur de ce qui pourrait se passer, de dévoiler les souffrances de ces hommes et une femme. Également les facettes extrêmes de ces personnages isolés pour de bonnes – ou mauvaises – raisons.

Bess, qui devait prendre soin de l'enfant pour Benedict, a vécu le traumatisme de la perte d'un proche, comme Benedict. 
À travers le vieux Freeman est racontée l'horreur de la guerre du Vietnam, puis celle d'Irak. 
Les appétits névrosés d'un esprit dévoyé apparaissent au grand jour. 
Drames passés et présents se mêlent et alternent au rythme de chapitres courts qui exposent progressivement la vie des protagonistes. 
J'ai eu envie de découvrir chacun de ces êtres piégés dans leurs vies et leurs drames, qui se démènent ou s'échappent pour en sortir. 
Prenant.

Chronique - À la hauteur

Chronique Roman À la hauteur : Résilience et Survie | Mélinda Schilge

La confiance dans l'adversité


Voilà une chronique qui m'enchante, car elle résume bien ma posture : imaginer la possibilité de rebondir, repartir après la catastrophe, capacité d'autant plus belle qu'elle affronte les éléments.
Il ne s'agit pas de fermer les yeux devant l'horreur de ce qui arrive malencontreusement, malheureusement, mais d'y opposer le courage et l'inventivité dans l'adversité.



Retour de lecture  d'une bibliothécaire, libraire et co-auteur :


La Route de Cormac McCarthy vs À la hauteur : choisir la lumière

Avec À la hauteur, le lecteur plonge dans une intrigue plus complexe que le résumé ne le laisse paraître. L'auteure interroge la mise à l'épreuve des liens sociaux et familiaux dans un contexte catastrophique. Le récit questionne l'identité urbaine face à un environnement où la nature reprend ses droits. A l'instar de La Route de Cormac Mc Carthy, Mélinda Schilge aborde le rôle de la parentalité dans un contexte de survie ainsi que les différentes formes qu'il peut prendre au travers des personnages de Mathilde et de Sylvain. Enfin, la symbolique du titre, présente par touche tout au long du récit, interroge ce qu'est être à la hauteur (de soi, de sa famille, de ses enfants, de la situation).

-> Je suis fière que mon livre soit comparé à La Route de Cormac McCarthy, même si pour moi, mon roman s'en différencie en renonçant à chercher l'ombre de la noirceur dans une situation dramatique.

La symbolique d'être « à la hauteur » dans un monde en catastrophe


En commentaire privé, ma lectrice ajoute : 

Ce qui fait l'originalité de votre roman, c’est cet idéalisme dans une situation de survie, qui est à l'encontre de ce que la plupart d'entre nous imagine, moi y compris. [Je salue] l'audace de votre proposition, la force même quand nous pensons à l'actualité pesante, vous osez projeter une autre vision, surprenante mais réaliste, tant vous soignez les décors, la psychologie des personnages.


Je suis touchée par les mots de chronique qui a su lire entre les lignes de mon roman À la hauteur pour y trouver ce qui m'anime : la lumière qui persiste, fût-elle une lueur.

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